Lu dans le cahier spécial du Devoir de ce samedi 20 avril: Quand vieillir est synonyme de renouveau. On aurait également pu lire Quand cahier spécial n’est que publireportage… L’industrie du tivieux se porte bien, de toute évidence, car le tivieux a pilé du cash, le tivieux veut voyager, le tivieux cherche le luxe et le loisir sans souci. Bref, le tivieux est un target parfait pour stimuler le Capital.
Je lisais le journal ce matin, et j’avais comme une envie de montée de lait. Bien sûr, je ne suis pas tout à fait le public cible des résidences Soleil: mes enfants nichent encore chez nous pour un bout, mon hypothèque n’est pas toute payée, loin s’en faut et, surtout, je ne suis pas encore d’humeur ni d’âge à m’installer dans un parking. Par ailleurs, n’y a-t-il pas quelques chose de fondamentalement malsain dans cet engouement pour les résidences pour tivieux autonomes? Tant que t’es capable de te torcher tout seul, on peut t’offrir de t’enseigner, à un prix par ailleurs exorbitant, à ne plus être autonome: on te nourrira, on fera ta vaisselle, on t’animera, on te sortira, mais ce sera génial, tu pourras vegger avec tes pairs, regarder le soleil se coucher, se lever, faire le tour de la bâtisse et recommencer ad vitam aeternam et ad nauseum, entre une partie amicale de Trou de cul et un féroce tournoi de pichenottes.
Coudonc, chose, est ce que je peux continuer à laver mon linge chez moi, à faire mes toasts, à acheter ma bouffe, à entretenir mon jardin à moi, à monter mon abri Tempo, à réparer mon évier, à gérer ma vie? J’ai 55 ans, c’est un peu normal que je pense de la sorte, mais dans dix ans, quand je serai officiellement le client visé par le site promotionnel jeunes-aines.com, est-ce que je dirai la même chose? Dix ans, c’est pas si long… Est-ce que je perdrai le goût de l’autonomie?
Petit vertige ici… Allez voir le site jeunes-aines.com, vous comprendrez peut-être… Ou c’est moi qui est dans le champ et qui passerai à coté de ce paradis artificiel que je mériterais tant.