Bonjour, M. Martin

J’arpente depuis bientôt 18 ans les corridors du centre administratif de ma commission scolaire; j’y ai eu des bureaux à plein d’endroits: d’abord au troisième ouest, un placard sans ventilation doté de vieux meubles rescapés d’un quelconque exercice de rationalisation bien antérieur à ma venue en ces lieux, puis au quatrième nord, toujours un placard, ventilé celui-là, bureau en Arborite vaguement caca d’oie, tapis d’un brun indéfinissable. Mes années de professionnel, visitant les écoles, collaborant avec tous les services, des dossiers hyper intéressants, tout plein de collaborateurs, des visages qui me sont familiers mais dont je ne connais pas le nom… Et puis mes années de cadre, à l’annexe, beaux bureaux, nouvelles têtes, nouveaux dossiers, toujours ces visages qui s’ajoutent à ma mémoire.

Aussi, plusieurs fois par jour, je croise des gens que je reconnais et qui me saluent. Parfois, c’est par un geste à peine perceptible que l’un et l’autre acquiescent du lien qui nous unit: ce seront là surtout les gens qu’on voit depuis tant d’années mais qu’on ne connait pas de nom, des morceaux vivants de notre décor quotidien. À d’autres occasions, ce seront les collaborateurs et collègues; on se saluera plus franchement: pis, les enfants, et autres questions prêtant à des échanges monosyllabiques ou plus élaborés, selon l’intérêt, le niveau de sympathie perçu ou le temps disponible.

il y a enfin ces saluts que je préfère, ces petits nouveaux qui ne me connaissent que par mon histoire ou ma réputation, ou encore en raison d’une collaboration éloignée, qui nous regardent avec respect et qui nous disent, simplement: « Bonjour, M. Martin ». À ceux-là, je réponds toujours avec un grand sourire. Je vais m’ennuyer de ça.

Plus que 10 jours…



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