Bilan 2 de x: ai-je été un bon boss?

Je pense que j’ai été un bon boss. Sincèrement. Même, si, de caractère, rien ne me prédisposais à occuper un tel titre ou, du moins, dans ma représentation initiale du rôle. Quand tu figures principalement à gauche dans l’échiquier politique, ta préconception de la fonction patronale est d’abord négative: le patron contrôle, discipline, encadre et participe, à la concentration du capital, ou du pouvoir, vers les dirigeants. Tout cela est vrai, à la base, mais on découvre à l’exercice que la fonction patronale est beaucoup plus riche et porteuse d’autre chose de plus fondamental et, certainement, de plus positif pour les collègues dont on gère le quotidien au travail.

Chose certaine, l’exercice de la fonction patronale n’a rien de simple. Elle participe d’abord à un ensemble plus grand: l’entreprise, l’institution, peu importe, qui comporte ses valeurs et ses orientations, sa mission, à laquelle il est nécessaire de souscrire et de participer. Tu es encadré toi-même, tout patron que tu puisses être, par une planification stratégique ou des objectifs opérationnels à atteindre, sans compter un CA, un Conseil des commissaires ou une assemblée d’actionnaires à qui, ultimement, tu devras rendre des comptes, selon ton niveau hiérarchique et les pouvoirs qui te sont délégués. Bref, un patron a des patrons… douloureuse découverte pour tout patron à ses premières armes!

L’autre truc du patron, plus difficile encore, est qu’il doit gérer du monde. Des individus… chacune et chacun d’entre eux étant d’abord rémunérés pour exercer une fonction dans un cadre par ailleurs fort bien balisé: convention collective, code déontologique, définition de tâche, plan de classification. C’est du moins le cas, très distinctement, au sein de la fonction publique. Plus encore, chaque personne transporte son histoire, laquelle définit sa compétence, son potentiel, son ouverture, son rapport à l’autorité, ses attentes face à l’institution et sa représentation quant à ses responsabilités professionnelles, sans compter son rapport à l’effort, l’intensité de son sentiment d’appartenance. Les humains sont des bibites multicouches, dotées d’intentions fortes découlant d’une identité naturellement résistante au changement. Disons-le ainsi car il faut être poli, nous sommes après tout des gens bien…

Si je mettais de côté, pour un instant, cette politesse, je dirais que toute personne ayant exercé un rôle d’encadrement s’aperçoit qu’il existe des pourris, des paresseux, des couleuvres, des tire-au-flanc, des voleurs, des violents et des incompétents notoires de tout acabit qu’il importe d’encadrer, voire de mettre dehors, selon l’expression consacrée, pour le bénéfice de l’ensemble. Quand on est un peu naïf, qu’on croit l’être humain naturellement bon, ce qui est ma posture naturelle, on essaie d’abord de comprendre, d’aider, de soutenir, et c’est ce qu’il faut faire, bien sûr. Cependant, la triste réalité nous rattrape: Certaines personnes, sciemment, nuisent à leurs collègues, à leur institution, aux clients. Un bon boss livre la bataille pour expulser ces personnes toxiques du système: tâche difficile humainement, chronophage pour le moins, frustrante… mais nécessaire. Si je crois avoir été un bon boss, c’est que j’ai su faire ça, aussi. Dieu merci, pas trop souvent!

En somme, être un bon boss, c’est d’abord être une bonne personne: juste, bien intentionnée, fidèle, transparente… et c’est ensuite assumer qui on doit être. Les babines qui suivent les bottines, et toute cette sorte de chose: autrement dit, accepter le défi de la cohérence. Je l’ai fait, je crois bien, du moins je tire une grande fierté d’avoir essayé de le faire.

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