Le 15 juin, les commissions scolaires ont eu à revêtir les nouveaux habits de l’empereur Roberge. Elles ont ainsi changé de genre et se sont affublées de leur nouvelle épithète, laquelle comporte, ô ironie du sort, un défi orthographique. On écrit en effet centre de services scolaire, l’adjectif demeurant singulier puisqu’il se rapporte au nom centre et non à services. L’accord est correct quoique contre intuitif.
Aussi, chaque centre de services scolaire a reçu de l’empereur ce qui devra être sa seule robe: écriture noire sur fond blanc, fonte administrative malgré le gras et l’italique, de taille inférieure au blason de l’empereur, dont la fonte se permet plus de courbes et de pointes. Connaissons notre classe, connaissons notre rang, dirait la Flore du Parc des Braves. Voyez plutôt ce petit montage:

L’empereur refuse ainsi aux Centres de services scolaires (ici, le « s » est de mise, puisqu’il y a plusieurs centres!) de disposer d’une identité distincte. Normal, me diras-tu, puisque c’est essentiellement ainsi qu’il faut désigner des sociétés et organisations financées ou rattachées directement au gouvernement du Québec. Il s’agit là d’un enjeu de cohérence interne et d’image de marque pour le gouvernement. Ah, oui, vraiment? Vois plutôt ceci:

De toute évidence, certaines parties de l’état ont droit à leur personnalité propre, alors que d’autres, dont les centres de services scolaires, font partie de l’organigramme du ministère dont ils dépendent et, à ce titre, reçoivent d’emblée les vêtements de l’empereur.
Alors voilà, les commissions scolaires, dont certaines cumulent, dans notre jeune pays, plus d’une centaine d’années d’histoire et tout autant de faits d’armes, ne sont pas que transformées. Elles sont inféodées à l’empereur Roberge, privées de leur caractère distinct, dénudées de leur identité, dans un grand mouvement de centralisation dont personne ne bénéficiera, pas même l’empereur, leadeur faible n’ayant compris que pour régner sans conteste, il fallait affaiblir sa cour.
Nous voyons aujourd’hui les nouveaux habits choisis par l’empereur, et nous constatons que l’empereur est nu. Mais je n’ai pas envie d’en rire… toi? Je ressens davantage la grande tristesse de voir ma commission scolaire, la CSDM, disparaître pour de bon, elle qui a écrit tant de chapitres de l’histoire de l’éducation montréalaise et québécoise, elle qui concentrait tant de fierté.
Aujourd’hui, j’ai mal à mon CSS.