Mine de rien, ma retraite fête aujourd’hui son premier anniversaire. Ce fut une première année mouvementée, de l’extérieur comme de l’intérieur. De l’extérieur, tu conviendras que la pandémie s’est avérée un puissant colorant de ce nouveau quotidien à apprivoiser, loin des lieux de feu ma profession. Mon ancien monde s’est d’ailleurs passablement agité, de par cette situation exceptionnelle comme de par ses propres molécules: dissolution des commissions scolaires. idées de génie quant à l’école « nouveau style » (architectes non compris), tergiversations incessantes quant à l’ouverture des écoles, et maintenant cet appel d’offres pour des examens numérisés… Chose certaine, rien ne me manque dans la relation toxique entre le MÉQ (MÉES, MÉLS, je ne sais plus…) et les Centres de services scolaire ou, du moins, entre les décideurs en éducation et le simple gros bon sens… Bref, je ne m’ennuie pas le moins du monde de cet aspect de mon ancienne vie.
N’empêche, il y a des jours où je me sens inutile. On a beau dire, le travail donne un sens à nos actions, comme la famille, ou l’art. Je sais bien que ce sens n’est qu’une illusion, quand on recule de plusieurs pas pour considérer le monde dans sa globalité, mais il m’est parfois difficile d’ignorer qu’il y a maintenant comme une case vide dans ma vie. En outre, il faut que je vive avec ce qui n’a pas été fait, avec les choses que j’aurais pu changer et, surtout, avec tous ces gens que j’ai côtoyés au fil des ans: collègues, employés, patrons, certains d’entre eux auxquels je m’étais attaché et pour qui je n’existe plus, autrement qu’en souvenir s’effaçant doucement, jusqu’à ce qu’aucune trace ne subsiste de mon passage dans le monde de mon travail. Il y a ainsi des jours où la retraite me rappelle à mon insignifiance fondamentale.
Heureusement, il y a aussi à la retraite tous ces petits plaisirs qu’on se donne parce qu’on en a le temps: passer à travers le journal à tous les matins, lentement, avec le premier et le deuxième café; faire des gâteaux, prendre une marche avec son chien, apprendre à faire des Sudoku… Surtout, la retraite exige que toutes ces activités, qu’on peut par ailleurs faire alors qu’on est un « actif », soient accomplies en pleine conscience, sans deuxième niveau, sans multitasking. Profiter, quoi. J’y arrive parfois, pas toujours, mais j’y arrive globalement.
Je vais y arriver, mais il y a des jours où c’est plus difficile. Comme aujourd’hui.