
Il est chou, n’est-ce pas? Je te présente Léo, le nouveau membre de la famille et un autre de mes projets de retraite. Depuis que nous avons dû nous départir de notre beau Bouchon d’amour, victime de son âge, il y avait comme un vide dans ma maison et dans ma vie qui appelait à être comblé. L’idée d’une nouvelle adoption s’est formée doucement, au gré des navigations de fin de soirée; notre choix s’est arrêté sur le Boxer, chien de famille émérite selon les Internet, une grosse bête pour ce grand trou dans notre quotidien.
Hélas, la cohabitation entre le bébé boxer et le rustre retraité ne s’est pas présentée comme le long fleuve tranquille que j’avais imaginé. Léo gruge, mord, creuse, détruit mes framboisiers, pisse partout et s’impose à mes jours souhaités paisibles par son énergie échevelée. En outre, mes collaboratrices et collaborateurs à l’interne semblent dénués d’intérêt envers la chose canine, sauf peut-être lorsqu’elle est mignonne et placide: le monstre dormant parait réduit pour eux au rang des objets transitionnels. En tant que tel, il rayonne, il faut le dire: objet chaud, doux, ronflant et lourd, malgré une odeur de laine mouillée, sinon de sardine rancie. Bref, je me semble seul à gérer le cabot disjoncté, et je ronge mon frein.
Tu me connais, lecteur que j’aime mais que je néglige, je ne suis pas de ceux qui demandent. Dan mon univers de licornes, sollicitude et entraide spontanée s’expriment de facto; nul besoin de faire part de ses besoins ou de quémander une attention qui nous fait défaut car ceux et celles qui vous aiment iront au devant, leurs envies et préoccupations personnelles cédant le pas à celles des autres membres la tribu, tout ça dans le plaisir de l’abnégation. Que veux-tu, je suis comme ça, je cultive ma belle innocence. Aussi, puisqu’il n’en est évidemment pas ainsi dans la vraie de vraie vie, devant la bête qui occupe tout mon espace, je frustre, je rage, je bourrasse et puis, inévitable conclusion à ce cumul d’idées noires, je pète ma coche: ce sale clébard pollue mon air, j’étouffe, qu’on l’enlève de ma vue, qu’on le renvoie ad patres, JE N’EN VEUX PLUS. C’est moi ou lui. Point barre. Voilà, c’est dit.
Dès que la colère en moi tombe, je réalise que c’est maintenant moi, le monstre. Comment puis-je songer à l’abandon d’une pauvre petite chose si inoffensive, qui ne demande qu’un peu de pâtée et qu’une misérable marche quotidienne en échange d’un amour inconditionnel? Comment ai-je même pu exprimer à ma tribu un tel ultimatum? Je suis à la retraite, je n’ai rien d’autre à faire que de donner un peu de mon temps à un chiot, adorable par ailleurs aux yeux du monde, même pas un adulte. Et de craquer le vernis de ma gentillesse feinte pour révéler mon profond égoïsme, ma froideur et ma violence, J’ai un coeur de pierre, il n’y a plus de doute. Bref, je me sens cheap…
Bon. Comme à chaque fois que je pique une colère familiale, enfants et femelle bien aimée réalisent que j’aurais peut-être besoin d’un coup de main. Ils sont gentils, eux! Également, je me rends compte que chien et moi auraient peut-être besoin d’un répit occasionnel, pour que mon quotidien contienne autre chose qui me fait envie et qui, devant le joli monstre blanc et ses besoins pressants, s’efface et se reporte sans cesse.
Je terminerais l’histoire ici, cher lecteur, en te disant que c’est bien beau, un pitou, mais qu’il faut savoir dans quoi on s’embarque avant de lui ouvrir sa porte. Je te dirais que ça va mieux, maintenant, que la famille a trouvé un nouvel équilibre permettant une cohabitation papa-cabot-tribu plus organique. J’aimerais bien, mais il y aura une suite…
J’adore te lire, ça me fait du bien, me fait rire, on se reconnaît parfois!
Continue!!!
Et dit bonjour à Marie-Pierre 😉
Envoyé depuis mon appareil Galaxy
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