Bonne année?

Long time no see, cher ami lecteur.

Comme ça fait un bail qu’on s’est vus et qu’on est toujours en janvier, je peux encore t’en souhaiter une bonne, en espérant sincèrement qu’elle le soit ou, minimalement, qu’elle le devienne. Pour l’instant, l’air demeure pesant, ne trouves-tu pas? C’est du moins le cas pour moi, les préoccupations concernant ceux et celles que j’aime rendent mes mots plus lents à venir, moins signifiants aussi. Je préfère donc avancer à petits pas les quelques rubriques entreprises pour toi, idem pour mon « proto-roman », et laisser la place à ces tout petits bonheurs qui surgissent inopinément du quotidien et qui effacent, pour un cours laps de temps, notre insignifiance.

Ce matin, rue du Chenal, Repentigny, mon gros pitou tente désespérément de déterrer un petit bloc de glace qu’il avait tantôt dans sa gueule, calé jusqu’à la couille (il n’en a qu’une!) dans la neige folle. Il se redresse, son attention tout entière détournée par je ne sais quoi, sa grosse patte droite repliée dans la noble position du pointeur, le museau bien haut, l’oeil brillant. Dans mes écouteurs joue du Haendel, Water Music, Il y a alors comme une unité qui se forme en moi entre cette musique que j’adore mais que j’écoute rarement, cette image d’un chien entièrement absorbé par ses sens et cette neige étincelante sous le soleil du matin. À cet instant précis, tout est parfait; il n’y a pas de noir, pas de virus, pas de tumulte, que du beau.

Cet après-midi, je dois jouer au taxi: fille est partie travailler avec la Volvo, de moins en moins mienne, tandis que j’ai dû réquisitionner le camion de Madame pour accompagner Beau-Père chez son dentiste. Il faudra donc quérir Madame au terme de son labeur quotidien. Entre les deux évènements, j’ai le temps de partir une sauce à spaghetti: huile d’olive dans mon plus gros chaudron, feu moyen-fort, trois ognons hachés fins, puis le cèleri, puis les poivrons et tout le reste, routine mensuelle me permettant un souper facile par semaine. Tout est maintenant dans la mixture qui n’a qu’à frémir jusqu’à l’heure du souper. Je pars avec le chien pour une seconde marche rapido, je reviens juste à temps pour le taxi promis, malgré une voisine par ailleurs fort sympathique mais qui en avait beaucoup trop à dire sur toutes sortes de choses par rapport à ma capacité d’écoute. Madame monte dans le camion et me dit que je sens la sauce à spagh. C’est con, mais ça m’a rendu fier. Je sens l’attention qu’on porte aux autres. Je sens le désir de faire plaisir. Je sens la bienveillance. Je sens la famille. C’est moi, ça, un gros chaudron de sauce à spaghetti.

Allez, je te laisse, il est tard. Je te souhaite une bonne année, pleine de moments qui te seront signifiants.

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