Si je ne m’abuse, ça fait un peu plus d’un an que les commissions scolaires sont devenues des centres de service scolaires. Très honnêtement, ce sujet ne suscite pas de mouvements de foules: dès que la loi a été votée et que la décision a été prise, l’opinion publique s’est fait muette sur l’implantation des centres de service, outre peut-être un murmure ou deux dans le Devoir, qui aime ce genre de sujet obscur… On ignore ainsi quelle amélioration concrète aux conditions d’enseignement et d’apprentissage ou encore quel impact sur les conditions de gestions des écoles et des centres résulte de cette décision du gouvernement Legault. Je présume qu’il en est autrement pour les cadres scolaires, mais eux, on ne les entend pas, encore moins les cadres supérieurs, pour qui ce sujet comporte pourtant des enjeux de gouvernance fondamentaux. Devoir de réserve oblige, bien naturellement. Il faut également dire que la pandémie prend pas mal de plancher, ces temps-ci: ouvertures, fermetures, téléenseignement, qualité de l’air et autres enjeux périphériques au virus de l’heure occupent davantage nos esprits pédagogiques que les enjeux de système. Bref, les commissions scolaires sont devenues centres de service scolaires, sauf pour les irréductibles anglophones québécois, et presque tout le monde s’en fout.
Pour l’expression de la démocratie scolaire, ne subsistent donc que les conseils d’établissement… et le ministre, qui est avant tout un élu. C’est là que réside mon malaise. Par sa loi, le ministre a pris la poule de la démocratie scolaire et lui a coupé le cou, prétextant que, de toute façon, tout le monde voulait manger du poulet. Il a rouspété, le poulet, bien sûr, mais la hache a parlé comme elle le fait toujours lorsque le ministre veut nourrir le peuple. Le problème, c’est qu’on se retrouve maintenant avec du poulet cru, rien de plus, et tous ceux qui avaient faim d’une véritable démocratie scolaire et d’un intérêt renouvelé, sensible, de la population envers la gouvernance des écoles qui accueillent leurs enfants ne veulent pas se nourrir de ce poulet cru, maintenant faisandé. Et vogue encore le navire des conseils d’établissements, dans l’indifférence générale, exception faite des quelques parents dont la scolarisation de leur enfant comporte des enjeux personnels ou politique spécifiques: conflit avec l’école, vision pédagogique alternative, intérêt pour la politique municipale (!), de parents qui aiment se mêler de toutes sortes d’affaires parce que c’est intéressant ou encore les parents dont la business comporte un intérêt à se rapprocher de la gouvernance scolaire.
Et toi, public en délire, de me demander: qu’est-ce qu’on aurait dû faire?
Tu sais bien que je ne te répondrai pas directement. Après tout, je ne suis pas politicien, je n’ai pas de plan tout fait pour tout régler et me faire réélire. Je crois tout de même avoir quelques lumières sur un plan de match pour qu’on arrive ensemble à une réponse pas pire. Il aurait fallu qu’on réfléchisse ensemble AVANT: on aurait fait des constats sur le fonctionnement des conseils d’établissement, sur leur représentativité, sur leur pertinence. On aurait également pu regarder comment s’articule l’interface entre ces conseils et le système de gouvernance des écoles, ou encore le rôle des différents dispositifs de gouvernance locale dans la gestion des dossiers qui les concernent ou leur apport possible dans le traitement de situations qui ne les concernent pas présentement mais pour lesquels un rôle pourrait leur être dévolu. Bref, on fait table rase et on jase ensemble, toi, moi, des parents, des profs, des directions, des gestionnaires, des ex commissaires, des citoyens concernés, dont le ministre, peut-être, et on arrive à une formule qui permettrait d’espérer une véritable mobilisation des parents autour de leur école: quelque chose de signifiant, de valorisant pour l’école, de fonctionnel, de cohérent et qui répond aux besoins et impératifs des uns et des autres. Peut-être aussi qu’on serait arrivé ensemble au constat qu’il faut scraper tous les conseils d’établissements et laisser les écoles tranquilles, qui sait? Je l’ignore: pour le savoir, il aurait fallu, et il faudrait encore, réfléchir ensemble.
Pour l’instant, la poule est morte et il y en a qui ont faim.
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