Bordel autochtone

On n’a certainement pas fini de compter les corps de ces jeunes enfants qu’on aura déracinés de leurs familles pour en faire des bons petits garçons et de bonnes petites filles parlant la langue et priant le dieu de leur oppresseur. Le nombre de victimes, déjà, nous étourdit; toutefois, on le savait, et rien de ce qu’on découvrira au cours des fouilles qui semblent maintenant inévitables, je ne juge pas de leur pertinence, je ne sais pas, ne taira le fait qu’on le savait, sinon qu’on pouvait deviner les viols, les humiliations et les sévices en tous genres qu’auront subi ces enfants avant de mourir pour rien, sans qu’on les pleure de vraies larmes. On parlera bientôt, chez les bien-pensants, de réparation, de réconciliation, de pardon, on s’excusera, on promettra des trucs… Pourtant, on ne peut rien excuser de ces meurtres, on ne peut rien réparer, on ne peut rien pardonner. Comment pardonner Auschwitz? Comment pardonner les génocides rwandais ou arméniens? Comment pardonner le Grand Dérangement?

Les guerres engendrent des gagnants, et les gagnants commettent des atrocités. Il n’y a pas de racisme là-dedans, ni de xénophobie, ni même d’ignorance. Il n’y a que la cruauté du vainqueur, toutes cultures et toutes origines confondues. Il faut d’abord admettre cela: le bordel autochtone est la conséquence directe du fait que les européens qui ont pris possession de ce qu’on nomme aujourd’hui le Canada l’on fait en vainqueurs. Ils ont mis en place un système de vainqueurs pour juguler les ardeurs des vaincus et pour concrétiser leur statut de peuple conquis.

Et maintenant, nous avons une gouverneure générale d’origine autochtone. So what… Ou, plutôt, constatons toi et moi que la digne représentante de l’ultime colonisateur en ce beau et grand pays qui est le nôtre est, par ses racines, l’ultime victime de cette colonisation. Quoi qu’il en soit, il est permis d’espérer que cette nomination puisse contribuer positivement à quelque chose parmi la masse de problèmes qui afflige les différentes nations autochtones.

Permet moi, tout de même, de douter. On ne peut demander à la titulaire d’un poste somme toute honorifique des résultats de cette nature s’il n’existe aucune initiative convenue de part et d’autre et qui permettrait une véritable inclusion des nations autochtones au sein de l’espace économique ou social nord américain. D’une part, les partis politiques officiels sont, au mieux, timides quand il est question de revoir le cadre législatif balisant nos rapports avec les nations autochtones. Le politique préfère généralement les bons coups, les initiatives locales ou les investissements significatifs: c’est facile à expliquer, ça démontre qu’on fait quelque chose et ça ne remue pas la vase au fond du lac. D’autre part, les nations autochtones elles-mêmes connaissent trop bien certaines des conséquences de la Loi des Indiens pour exprimer d’emblée le souhait de s’en départir.

Explication par l’exemple… Tu sais peut-être qu’en vertu de la Loi sur les Indiens, un bien situé sur une réserve est réputé insaisissable. Aussi, tu peux comprendre qu’un particulier qui sollicite un investissement pour un projet de développement situé sur une réserve ne pourra trouver d’écoute attentive dans une institution bancaire. Ceci équivaudrait à un prêt basé sur l’honneur, sans garantie aucune. De ce fait, la Loi sur les Indiens oblige le financement alternatif. Et que fais-tu, toi, si tu as absolument besoin de beaucoup d’argent et que tu es insolvable? Tu t’adresses à des investisseurs privés capables de faire fi de certaines règles comptables ou humaines pour récupérer leur dû en cas de besoin. Tu saisis maintenant que le crime organisé fait partie du système économique de plusieurs réserves…

Comment donc, madame la GG, nous sortir collectivement du bordel autochtone? Moi, je ne sais pas, je ne suis qu’un vieux ronchonchon qui a du temps pour écrire sur tout et n’importe quoi. Mais si tu tiens vraiment à me poser la question, je te dirais qu’il faudrait d’abord que chaque nation autochtone définisse clairement ce qu’elle souhaite pour ses enfants. D’une bulle ségrégée à la pleine inclusion, il y a plein de possibles: il faut ainsi pondérer les options; soupeser les privilèges ancestraux et coloniaux; clarifier les positions en lien avec la race et, surtout, avec le métissage; et définir de manière cohérente son rapport à la modernité et à la tradition. Viendra ensuite le comment, et les outils qui seront requis pour construire autre chose que cette Loi sur les Indiens qui déculpabilise les vainqueurs et qui infantilise les vaincus. Mais, d’abord, savoir ce que l’on souhaite.

Allez, bonne chance!

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