De temps en temps, ma fibre pédagogique s’excite autour des enjeux que l’actualité autour du système scolaire met en lumière, comme cette histoire d’une école secondaire repentignoise qui craque, littéralement, forçant sa fermeture d’urgence, alors que le collectif Parlons éducation s’active dans nos cantons autour d’enjeux qu’on devine politique pour la plus grande part, et tandis que notre nouveau Ministre de l’éducation souhaite, je paraphrase à peine, ne rien changer (voir ici), de moins quant aux iniquités flagrantes de notre système de financement des écoles, préférant s’occuper des vraies affaires…
Quand ça me prend, je publie des trucs sur cette humble plateforme: tu te souviens peut-être de mes intermèdes pédagogiques #1 (sur l’évaluation) et #2 (sur la démocratie scolaire). Aujourd’hui, cher lecteur que j’aime, même si je ne te le dis pas assez souvent, je veux te parler de structure. Pas sexy comme sujet, tu me diras, et pourtant… Il y a dans les courbes et les pourtours de l’organisation des services aux écoles des renflements, des excroissances et des corps étrangers qui méritent un peu d’excitation! Pour la présente chronique, je vais surtout te parler de la CSDM (pardon, du CSSDM), parce que c’est le partenaire de jeu que je connais davantage mais, surtout, parce que c’est l’archétype d’une structure dont on a retiré l’âme par transformations successives au profit de… rien du tout, finalement, sinon de personnes probablement bien intentionnées mais dont la vue était trop courtement posée sur les cordes qu’ils tiraient pour qu’ils se rendent vraiment compte de ce qu’ils faisaient.
Rappelons d’abord que la CÉCM (Commission des écoles catholiques de Montréal) / CSDM (Commission scolaire de Montréal) / CSDM (Centre de Services Scolaire de Montréal) célébrera cette année sa 177ème année d’existence. Le MÉQ (Ministère de l’éducation) n’a pris forme qu’en 1964, alors que la Commission Parent reconnaissait (enfin!) que l’éducation devait être une priorité nationale au Québec. 58 ans, c’est tout jeune: j’en sais quelque chose… Aussi, avant 1964, le véritable moteur de développement pédagogique pour la métropole du Québec était la CÉCM; l’institution a notamment donné naissance, entre autres institutions renommées, à l’école Polytechnique, de même qu’à plusieurs pôles d’expertise, dont les écoles Victor-Doré et Joseph-Charbonneau. Je ne vais pas tout te raconter et, si ça t’intéresse, tu pourrais lire l’excellent ouvrage de Robert Gagnon sur le sujet, publié alors que la CÉCM quittait son chasuble pour devenir la CSDM. Je te dis simplement tout ça pour te rappeler qu’au moment où le MÉQ était créé, la CÉCM était déjà une institution dotée d’une histoire riche et d’une identité très forte. C’était d’ailleurs la même chose pour la majorité des commissions scolaires du Québec, et certainement aussi du côté de la communauté anglophone.
Il faut ainsi en comprendre que la relation entre les CS et le MÉQ comporte une dimension conflictuelle fondamentale, comme le vieux routier devant son jeune et ambitieux patron. Aussi, l’histoire des différentes réformes ayant émaillé la relation entre le Ministère et les Commissions scolaires concerne principalement la répartition des rôles, plus précisément des enjeux de centralisation ou de décentralisation des pouvoirs et des responsabilités. De surcroît, c’est un peu la même chose entre les écoles et la Structure (MÉQ, CS, tous interlocuteurs confondus). Chaque école construit, au fil de ses expériences, une identité qui lui est propre et voit donc, nécessairement, toute influence extérieure par le filtre de cette identité. Les composantes du système, par exemple les individus, se rattachent et réfèrent prioritairement à cette identité: demandez à un prof qui est son employeur, il vous donnera le nom de son école, alors que c’est, dans les faits, le Centre de service qui est l’employeur sur le plan légal. Tu devineras aussi, certainement, qu’une école qui fonctionne bien aura une identité fortement affirmée; c’est d’ailleurs ce qu’on souhaite pour toute école, à savoir une compréhension univoque par l’ensemble des composantes du système (le personnel enseignant, la direction, les familles, la communauté éducative, les partenaires externes, etc.) de qui il est, de pourquoi il existe et des moyens à prendre pour arriver à ses fins (pour faire court, c’est un peu ça, une identité).
Alors voilà: quand on regarde le système scolaire, on constate en fait trois systèmes, chacun avec leur identité propre: l’école, le Centre de services, le Ministère. Il y en a d’autres, je sais, mais ceux-là sont les plus importants. Toujours est-il que pour que ces systèmes coexistent et collaborent efficacement, il doit y avoir une synergie entre les identités. Autrement dit, tout le monde doit travailler dans le même sens et, surtout, croire qu’il en est ainsi. Tu me suis, cher lecteur, j’introduis ici le concept de perception… on a beau dire que tout le monde travaille pour la réussite des élèves, si on perçoit que ce n’est pas le cas, ça ne veut rien dire.
Est-ce le cas?
Je sais, c’est compliqué tout ça, et tu dois commencer à te demander où je veux aller avec mes skis…
Je répète donc ma question: est-ce que, considérant la structure actuelle du système éducatif québécois, l’école, le Centre de services et le MÉQ perçoivent que leurs finalités concordent? Bonne question, ne trouves-tu pas?
Je te laisse là-dessus. Au menu prochainement, j’essaierai de t’expliquer, par l’exemple, ce que j’en pense et, eu égard à l’enjeu d’une éventuelle réflexion nationale sur l’éducation, où me skis me mèneraient.