Grosse fatigue

Salut, ami lecteur

Je t’avertis d’avance, j’ai comme une grosse fatigue. En fait, je crois que j’écoute trop les nouvelles, du moins celles que j’entends quotidiennement m’affectent sérieusement. Faisons le tour des principaux enjeux mondiaux, si tu veux bien, question d’illustrer mon propos et d’exacerber ma déprime:

  • La montée de l’extrême droite incluant, of all places, en Allemagne
  • La crise climatique, que d’aucuns nient encore
  • L’Ukraine, où Poutine et ses sbires n’en finissent plus de faire le pitre
  • La Palestine, pour l’ensemble de l’œuvre dans toute sa barbarie
  • La Chine, ses exactions et ses ambitions tentaculaires…

En plus, il y a tous les autres petits irritants systémiques qui émaillent notre quotidien et notre actualité, dont la pénurie de main d’œuvre dans à peu près tout, des serveurs aux médecins en passant par les bouchers, les programmeurs, les profs et les ouvriers de la construction, ou encore l’inflation galopante qui vise les choses basiques comme le pain ou les fruits et les légumes. J’oubliais le sempiternel dossier de la répartition des richesses, l’écart entre les pauvres et les richissimes ne cessant de s’accroître…

¨Bref, comme dirait Pierre Yves Roy Desmarais, on a beau voir le verre à moitié plein, mais à quoi bon quand le verre est à moitié plein de marde!

En plus, je viens de réviser certaines de mes publications sur ce blogue et je réalise que, malgré toutes ces interventions éclairées et ces solutions proposées, pourtant simple à comprendre, rien ne se règle! Non mais, sans blague, il faudrait pourtant qu’on m’écoute, qu’on y réfléchisse un tant soit peu et qu’on agisse tous pour que les choses s’améliorent. Hélas, on ne m’entend point! Trump revient, plus fort que jamais, Poilièvre arrive, la dent acérée prête à mordre sur mon état providence, les Suédois (même eux, mes idoles) s’apprêtent à bousiller des milieux humides, de surcroît dans ma cour, pour qu’on persiste dans notre consommation effrénée, avec en plus la conscience tranquille de ceux qui « font quelque chose » en s’achetant un gros char électrique.

Habituellement, l’état des choses dans le monde me dérange, mais pas tant que ça. On se dit, moi comme les autres, que c’est loin de chez soi et qu’on peut s’arranger pour faire nos petites choses gentilles quand même, sans trop contribuer à foutre la merde dans l’ordre mondial ou, plus globalement, à ne pas trop contribuer à épuiser la planète. Ce faisant, on se dit: on n’est pas les pires, et, du coup, ça nous déculpabilise. Cette fois-ci, toutefois, ça marche moins bien; depuis quelques jours, ça occupe mon esprit davantage que je ne le souhaiterais et je cherche à comprendre pourquoi.

Aujourd’hui, je pense avoir trouvé pourquoi ça me trouble davantage, ces jours-ci. Je vais essayer de t’expliquer…

Si on regarde les choses d’un point de vue strictement idéologique, on peut comprendre assez facilement les clivages et les conflits qui créent, et ont toujours créé, des factions entre les gens et, plus largement, entre les peuples. On peut être à gauche ou à droite sur le plan politique, conservateur ou libéral, capitaliste ou communiste, croyant ou athée: ces divergences de perspectives sont tout à fait compréhensibles, puisque, dans le fond, personne n’a de réponse scientifique et objective qui concerne des enjeux d’une telle complexité, tel le meilleur fonctionnement possible pour les sociétés ou encore l’existence d’une force supérieure. Ces désaccords génèrent, en outre, des débats d’idées et de perspectives qui enrichissent (du moins qui devraient enrichir) notre compréhension du monde.

Le problème, et c’est là que ça me heurte profondément, c’est que, de nos jours (putain que cette expression fait « vieux ronchonchon »), les croyances s’expriment principalement de manière dogmatique: l’opinion émise ne sert pas le débat, elle ne vise qu’à clamer le gros bon sens de l’émetteur, qui a résolument raison et qui figure parmi les Justes . Elle désigne en même temps ceux qui ont tort de penser autrement, soit les Méchants. Sur le plan de l’évolution des peuples, ce retour à une vision moraliste du monde constitue un recul dangereux, entre autres raisons parce qu’il s’agit d’une posture idéologique contagieuse, car elle annihile le doute. Plus encore, elle force le conflit: même les intellectuels et ceux qui préfèrent normalement le débat au jugement se retrouvent, devant l’impasse des positions dogmatiques, forcés d’en dénoncer les coupables, adoptant de ce fait des positions antagonistes pouvant mener au cautionnement de la violence envers ces extrémistes.

Je pense que c’est l’exacerbation du conflit israélo-palestinien découlant de l’attaque du 7 décembre dernier qui a déclenché ce malaise en moi. On a vu, et on voit encore, cette violence contagieuse atteindre jusqu’aux universités montréalaise, où le fait de reconnaître la légitimité des doléances de l’un ou l’autre des antagonistes expose maintenant à une opprobre vive, à la menace ou même à une compromission de sa sécurité personnelle. Ceci dit, on peut comprendre les doléances palestiniennes tout autant que celles d’Israël; en fait, quiconque ne peut les comprendre est soit un idiot, soit un aveugle, tellement les gestes posés de part et d’autre, non pas à partir du 7 décembre mais depuis l’émergence du conflit israélo-palestinien (et ça, on pourrait remonter à l’empereur Hadrien pour l’expliquer) parlent d’eux-mêmes.

Ce qui me fait vraiment peur, c’est que j’ignore comment on pourrait stopper cette affreuse tendance.

Peut-être, après tout, que je devrais me calmer les nerfs et adopter une perspective plus biologique sur ce que nous vivons tous en cette ère glauque. Disons (et c’est le cas), que nous somme des animaux, et que les conditions de notre environnement (tel que la répartition inéquitable des ressources, le réchauffement climatique, la pollution, l’insécurité. alimentaire ou la surpopulation, entre autres choses) exercent des pressions négatives sur la pérennité de notre espèce. Cela, forcément, accroîtrait la difficulté d’accès aux ressources essentielles à la réponse aux besoins individuels et, par conséquent, augmenterait la fréquence des conflits interpersonnels. On peut aussi postuler que cette tension écosystémique, menée à son paroxysme, pourrait favoriser l’apparition de conditions pour une baisse radicale du nombre d’individus au sein de l’espèce, par une pandémie, par une guerre à grande échelle, par voie d’un désastre environnemental majeur ou par l’effet combiné de catastrophes de cette nature. Si la race ne s’éteint pas, les survivants auraient le défi d’assurer l’avenir de l’espèce humaine en fonction de ses nouvelles conditions de vie et, nous l’espérons, pourraient construire différemment un monde où ils vivraient en paix et où la réponse à leurs besoins fondamentaux serait possible pour le plus grand nombre d’entre eux. À défaut de quoi, nous deviendrons les nouveaux dinosaures et, dans quelques millions d’années, une autre forme de vie intelligente pourrait émerger et, éventuellement, étudier notre extinction. Espérons qu’ils en tireront quelques leçons pour leur propre survie…

À voir, en lien avec cette réflexion, ce film extraordinaire produit par l’ONF et qui concerne l’impact du stress environnemental sur Ratus Norvegicus, un proche parent de Homo Sapiens Sapiens. https://www.onf.ca/film/ratopolis/. Le film commence par cet énoncé qui m’habite encore 45 ans après avoir vu cette œuvre pour la première fois:

Pour cacher son désarroi face à la violence de sa propre espèce, l’Homme refuse de reconnaître celle des animaux. Pourtant, la compréhension du comportement animal serait peut-être un début de sagesse.

Entretemps, on fait quoi? Bah… On prend soin de soi, on aime ses proches, on essaie de ne pas trop dire de conneries, on agit selon ses croyances, préférablement éclairées par des connaissances objectives et on essaie de trouver du bon et du beau à voir, à entendre ou à boire et à manger. Comme ça, quand on n’écoute pas trop les nouvelles, on pourra profiter de moments de bonheur sans faire de mal à personne.

Allez, ça va bien aller, je te fais confiance…

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