Sortir le méchant

Salut, cher ami lecteur. Aujourd’hui, ça va ordinaire. Des petits ennuis personnels, rien de très grave, mais je tenais à te le dire quand même, pour que tu disposes de ce filtre pour la lecture des mots que je t’adresse, tout de même avec l’intention de te divertir quelque peu et, peut-être, de t’amener à réfléchir. Ça fait du bien, réfléchir, faudrait qu’on se le rappelle!

J’aimerais donc te parler, encore une fois, de politique.

Arrête de ronchonner, c’est important la politique. C’est même très important: sans la politique, il n’y aurait pas de politiciens, pas de partis politiques, pas d’élections. D’aucuns s’en réjouiraient, tu me diras, sourire en coin… Il faut cependant ajouter que sans la politique, il n’y a pas de discussions sur les chemins à prendre, pas de direction, pas d’idées à débattre, pas de vision quant au monde qu’on souhaite habiter. Ça ne parait pas toujours mais, fondamentalement, la politique sert à ça avant tout le reste. Oh, et puis, avant que tu me le dises, je sais que je t’ai déjà parlé de politique dans ce blogue, mais tout de même, il y a de ces choses fondamentales qu’il importe de répéter.

Tu devineras peut-être que c’est la démission de la mairesse de Gatineau, France Bélisle, qui m’amène à revenir sur le sujet. Tu as raison, bien sûr: Madame Bélisle faisait partie de cette nouvelle vague de politiciens québécois, peu aguerris, peut-être un peu candides, mais qui acceptent de faire le saut dans l’arène publique et d’apprendre sur le tas. Pour être franc avec toi, je ne connais pas son programme ni ses idées; aussi, je ne peux pas juger de la qualité de son action et je ne pourrais défendre son bilan. Toutefois, ce qui m’a heurté dans cette histoire, ce sont les raisons de son départ: les menaces à son endroit ou envers les membres de sa famille, les insultes, l’intimidation… « Cette démission, c’est le résultat d’un système politique qui se déploie dans un environnement social où on est malheureusement devenus acteurs et témoins d’une intimidation publique devant laquelle on ne s’insurge pas« , dira-t-elle au Devoir. Et bien voilà, je m’insurge.

Tu sais, je ne me suis jamais gêné pour parler en mal de politiciens dont je déteste les idées ou dont je réprouve la posture: Poilièvre, Trump, Poutine, Roberge, Drainville et tant d’autres. Le personnage politique est exposé à l’approbation comme à la réprobation, ça fait partie de la « game » et c’est très bien comme ça. La critique permet la prudence, ou du moins elle devrait l’induire. Là où ça ne marche plus, c’est quand on se met à attaquer les personnes directement plutôt que leur personnage public ou leurs idées. Dire que je déteste Donald Trump le politicien, c’est une chose, écrire que je souhaiterais violer sa femme ou qu’il devrait mourir enculé par un train, c’est une tout autre chose. Si on veut détester, il faut le faire dans le respect de la personne visée et, surtout, en fonction des lois qui garantissent l’intégrité et la sécurité des personnes dans notre beau monde.

Ça s’applique d’abord, bien sûr, au bon peuple. Le droit de parole est une bien bonne chose, dont j’use largement dans ces humble pages, mais ça vient avec des responsabilités, dont celle d’assumer ses paroles. Aussi, le recours à l’insulte personnelle, à la menace ou à d’autres formes d’attaques ne devrait jamais être toléré. Sortir le méchant, comme on dit, devrait se faire en privé, plaisir coupable qui conduit à reprendre son respire et à réagir plus intelligemment devant les errances perçues chez nos protagonistes, humains en général et politiciens en particulier. Du moins, c’est ce qu’on devrait faire.

Ça s’applique, plus encore, à nos chers politiciens. L’insulte gratuite érigée en stratégie pour la prise de pouvoir mène au cautionnement de la violence verbale. À ce jeu, seuls survivent les intimidateurs et les crapules. Alors voilà, lecteur que j’aime, la question se pose: comment pourrait-on sortir le méchant de notre environnement politique? Comment peut-on nous assurer que la sphère publique ne soit pas le terrain de jeu prépondérant des personnes qui acceptent la violence comme moyen d’arriver à leurs fins ou de faire valoir leurs idées?

Honnêtement, je ne vois pas d’autre solution que d’agir sur les règles du jeu. Je pense ici à la sacro-sainte liberté d’expression. Tu me diras qu’il y a déjà des balises, par exemple dans le code criminel canadien, mais je répondrai que ces mailles sont, dans la réalité, trop lâches pour réprimer les discours haineux, puisqu’il persiste tant chez le citoyen que chez les personnages publics. En outre, ces mailles ne sont que nationales alors qu’ailleurs, dans des pays plus, disons-le ainsi, lousses sur le plan de la liberté individuelle, on peut dire à peu près n’importe quoi sans se faire ramasser, pour autant que l’on prétende exprimer une opinion de bonne foi. Dans ce contexte, tout passe: on peut dire, publier, écrire ou représenter des inepties sans crainte de représailles. Pire encore, on peut faire la promotion de ces inepties et espérer que s’agglutinent autour de celles-ci les autres ploucs qui pensent comme nous, formant un troupeau d’ignorance, de réalité altérée ou, pire encore, de haine.

Ultimement, ça nous prendrait un organisme transnational de lutte à la bêtise (OTLB ou, dans sa version anglophone, TABP pour Transnational Organisation for Bullshit Prevention). Le mandat de cet organisme serait de poser un regard critique sur chaque opinion émise afin d’identifier les éléments non substanciés, les mensonges, les faussetés et les éléments de contenus pouvant être assimilés à des propos haineux. Comme il y aurait du volume, l’intelligence artificielle pourrait certainement nous être utile pour une bonne part de ces analyses. En effet, toute publication pourrait faire l’objet d’une vérification préalable, par voie d’un script par exemple, puis être soit rejetée, avec avis à l’émetteur accompagné de références pour son éducation, soit être nuancée par un commentaire accompagnant la publication soit être approuvée. Big Brother pour la cause, je te jure!

Bon, je sais, je déconne un peu, mais voilà, faut pas m’en vouloir, je suis fatigué de toute cette haine s’exprimant librement, partout dans le monde Aussi, je rêve d’une machine pour faire sortir le méchant.

P.S.

WordPress comporte déjà un module d’IA qu’on peut utiliser avant publication. Voici ce qu’il aura à dire sur mon petit billet:

The content touches on important issues and expresses the author’s frustration with the use of personal attacks and hate speech in politics. The discussion on the need for responsible dialogue and potential solutions adds depth to the post. To further engage the audience, consider breaking down complex ideas into shorter paragraphs and providing examples to support the arguments made. Additionally, incorporating relevant images or multimedia can help capture readers’ attention and enhance the overall presentation of the content.

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