« Penser Vert »: réflexion sur un budget

Aujourd’hui, c’était budget pour le Québec. L’exercice est difficile, il faut l’avouer, le gouvernement devant composer avec des demandes tant internes qu’externes, de même qu’avec la sacro-sainte opinion publique, ça c’est toi et moi, cher lecteur, qui ne comprenons pas toujours les tenants et les aboutissants qui devraient sous-tendre les décisions budgétaires du gouvernement. En outre, chacun a ses priorités, de l’accès à la propriété en passant par les services aux personnes en perte d’autonomie, la sécurité alimentaire ou encore la préservation de ce qu’il reste de notre planète alors, plaire à l’un et à l’autre n’est pas mince affaire. Aussi, je ne vais pas varger sur le porteur du ballon, le ministre Girard; je vais même lui souhaiter une excellente journée, couronnée par un scotch de qualité, qui sera assurément mérité. Je suis certain que ça lui fera du bien.

Je vais tout de même commenter un tout petit bout de cet exercice budgétaire qui concerne ma petite priorité à moi, tenter de sauver notre planète s’il en est encore temps. Tu sais probablement que ça ne va pas du tout de ce côté-là, et que plusieurs gestes concrets doivent être faits à cet égard par les individus, soutenus par les états. Tu sais aussi, sinon je te l’apprends et je t’inviterais, respectueusement, à ouvrir tes yeux davantage, que l’enjeu écologique donne souvent lieu à des initiatives où le paraître prédomine. En publicité, on appelle ça de l’écoblanchiment ou, si tu préfères, du greenwashing; à mon humble avis, le concept concerne également la gouvernance de même que la gestion…

Ça m’amène à te parler d’électrification des transports. Comme tu sais, le budget Girard prévoir une élimination graduelle du programme Rouler vert. Un choix budgétaire, on se dira, basé sur un certain nombre de considérations dont, fort probablement, les suivantes:

  • le fédéral offre déjà une subvention pour l’acquisition de véhicules électrifiés
  • la subvention pourrait mener à une hausse artificielle des prix de vente chez les revendeurs ou les manufacturiers
  • Le rapport entre l’investissement et les retombées écologiques permet de croire que d’autres mesures seraient plus écoefficientes (ça, c’est M. Girard qui l’a dit à Salut Bonjour!)
  • Certains concessionnaires peu scrupuleux (il en existe, ça t’étonne?) auraient mis en place des pratiques visant à mettre la patte sur la subvention au détriment de l’acheteur

Quoi que les sommes dont il est question ici ne soient pas les plus importantes si on considère l’ensemble de l’exercice budgétaire, cette décision fera certainement réagir les chaumières. D’aucuns pourraient même en déchirer leur chemise de flanelle recyclée, tant l’outrage est, ben… outrageant!

Cher lecteur, je vais t’inviter ici à un peu de réflexion. Mais avant, je vais te faire un aveu: au cours des trente derniers mois, j’ai bénéficié trois fois du programme Rouler vert, et de son équivalent fédéral. La première fois, c’est 13 000 $ que j’ai reçu pour financer l’acquisition de mon premier véhicule électrique. La seconde fois, une somme de 600 $ m’a été remise pour l’acquisition et l’installation d’une borne de recharge de niveau 2 à mon domicile. Jusqu’à maintenant, tout va bien. Or, il y a quelques mois, mon concessionnaire m’a appelé pour m’offrir de changer mon véhicule pour un autre, tout neuf: d’une part, il pouvait racheter le solde du bail pour mon premier véhicule à profit. D’autre part, un autre véhicule, mieux équipé, pourrait m’être offert, moyennant des mensualités somme toute équivalentes et je pourrais, encore une fois, bénéficier des initiatives gouvernementales pour soutenir son financement. Comme j’agis parfois comme une poule pas de tête, j’ai dit oui sans réfléchir, et j’ai reçu une troisième subvention de 13 000 $. Je n’en suis pas très fier… Tout ça pour dire que les programmes de subvention pour l’achat d’un véhicule électrifié ne sont pas sans faille, loin s’en faut.

Si on revient à nos moutons, notre réflexion conjointe s’appuiera sur une hypothèse toute simple: l’électrification des transports, à elle seule, ne mènera pas à une amélioration significative quant au désastre climatique annoncé. Tout d’abord, il faut bien produire cette électricité que nos véhicules utiliseront. Au Québec, cet enjeu nous conduira peut-être à revenir au nucléaire, ou encore à des investissements majeurs pour le renforcement de notre capacité de production hydroélectrique. Ces travaux comporteront, assurément, un impact délétère sur notre environnement. Ailleurs, les centrales au charbon, au mazout ou au gaz naturel devront rouler à fond de train pour charger nos véhicules, si verts soient-ils.

Ensuite, toute manufacture d’un produit, écoénergétique ou non, requiert un investissement qui se traduit, inévitablement, par une empreinte écologique. Or, pour le véhicule qu’on dit vert, cette empreinte est vachement supérieure à celle d’un véhicule carburant au dinosaure liquide. Ainsi, rouler vert ne comporte aucun impact écologique si on change de véhicule comme on change de chemise (je m’excuse, j’aurais dû me retenir…). Plus encore, et ce, peu importe le produit manufacturé dont on parle, on devrait systématiquement privilégier l’entretien préventif et la réparation au remplacement, conscients que la culture du « utiliser et jeter » contribue fortement à la déplétion de nos ressources naturelles et de notre environnement.

Le dernier élément à prendre en compte dans notre réflexion concerne l’automobile elle-même. En dehors des milieux fortement densifiés, c’est-à-dire, pour le Québec, sur tout son territoire à l’exception du centre de l’Île de Montréal, nos infrastructures sont organisées en fonction de l’auto solo. Or, c’est ce recours quasi exclusif à la voiture individuelle pour tous nos déplacements qui occasionne le plus d’impact négatif sur notre environnement, en ce qui concerne d’abord le bilan énergétique per capita puis, évidemment, en investissements pour la construction et l’entretien des routes, sans compter la perte de productivité associée aux déplacements.

Tout ça pour dire qu’un exercice budgétaire écoresponsable, nonobstant cette histoire de subvention pour l’achat d’un véhicule électrique, devrait comporter des investissements musclés pour renforcer l’offre de service en transport collectif ou alternatif, pour soutenir la densification des habitations ou pour favoriser le commerce de proximité et l’achat local. Plus encore, un tel exercice devrait prévoir des incitatifs visant à augmenter sensiblement la durée de vie des biens meubles et à faciliter leur entretien prolongé.

Conséquemment, en ce qui a trait à l’objet premier de ce petit billet, il ne faut pas en vouloir au ministre Girard pour avoir amputé le programme Roulez vert. Il faut, toutefois, en vouloir au gouvernement pour ne pas réfléchir davantage aux enjeux vitaux qui devraient animer nos actions. Il faut aussi dénoncer le fait qu’il agit en périphérie des problèmes concrets qui menacent notre monde. Un programme « Roulez Vert » cohérent devrait ainsi être balisé en fonction de notre visée plus large, telles que celles-ci:

  1. Aucune subvention ne devrait être allouée pour l’acquisition d’un deuxième véhicule associé à la même adresse
  2. La subvention ne devrait soutenir que l’acquisition d’un premier véhicule électrique ou son remplacement après huit années de possession par le même propriétaire
  3. Une subvention visant à prolonger la vie d’un véhicule de plus de huit ans par biais d’une remise à neuf devrait être offerte, pour autant qu’il s’agisse du seul véhicule associée à l’adresse de résidence.

Tu en penses quoi, toi? Tu sais que ça m’importe vraiment; aussi, n’hésite pas à m’en glisser un mot et, par ailleurs, prends soin de toi, j’ai besoin de lecteurs heureux et en santé!

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