Ben oui, cher lecteur, je reviens de Cuba.
Je devais aller à Panama en mars dernier mais ma blonde, celle que j’aime et qui gère les aspects administratifs de ma vie, avait omis de vérifier la validité de mon passeport, alors, pour faire une histoire courte, elle a pu profiter du voyage avec une amie… pendant que je me faisais faire un autre passeport!

Cuba, ce n’est pas le Pérou, au sens strict comme au sens figuré. D’abord, c’est relativement près du Québec, un petit trois heures et demi en avion ou un peu plus et hop, on y est, sans décalage horaire de surcroit. Ensuite, la destination est relativement abordable: pour 1000$ (CAN) par personne, on peut facilement trouver un forfait tout inclus dans l’une ou l’autre des principales destinations vacances sur l’île. Enfin, il y a la plage: des eaux translucides et peu profondes, peu de vagues, peu ou pas d’algues, un sable blanc et frais sous le pieds, le tout à perte de vue…
Par ailleurs, Cuba est un pays sécuritaire: on peut s’y promener sans grand risque; de toute manière, la majorité des installations pour les touristes se situent en retrait des grands centres et peu accessibles pour la population. Bien sûr, le pays est très pauvre, en grande partie à cause du blocus américain qui entrave très fortement le développement économique de l’île et qui rend les approvisionnements extrêmement difficiles. Cuba transige tout de même avec quelques pays hispanophones de même qu’avec la Chine et la Russie pour ses besoins essentiels, mais dispose de peu de liquidités pour le financement de ces échanges commerciaux, alors que ses infrastructures vétustes, pour le moins, rendent l’accès ou l’exploitation de ses ressources naturelles inefficace, sinon carrément impossible.
Aussi, les habitués de Cuba, dont je suis pour y avoir séjourné à cinq ou six reprises, savent qu’ils n’y vivront pas une expérience gastronomique hors de l’ordinaire. Généralement, les préparations manquent d’assaisonnement, les coupes de viande, exécutées mécaniquement, sont les plus économiques, de même que les légumes et les fruits poussent généralement en conserve alors que les produits frais sont rares et que les produits laitiers se distinguent par leur éloignement de la vache… Tout de même, on arrive généralement à y manger et à y boire, disons, fonctionnellement.
Cette année, on était un peu inquiets avant notre départ: il y avait eu cet article de Salomé Corbo dans Le Devoir, qui nous préparait à cette situation post-pandémique de Cuba mais qui nous invitait quand même à y retourner, ne serait-ce que pour soutenir la relance de cette île merveilleuse tant par la résilience de son peuple que par sa chaleur et ses plages. Cependant, le même quotidien nous annonçait une hausse de 500% du prix de l’essence pour l’ensemble de Cuba, sur fond de catastrophe économique généralisée. On ne savait donc pas trop à quoi s’attendre d’un tel voyage, outre la chaleur, les plages et, bien sûr, le rhum. On a quand même pris une chance.
Dès les premières heures de notre arrivée à Cayo Largo, quelques constats rapides…
- No cerveza
- Sin mojitos
- Sin vino
- Sin pollo
- Sin cerdo
- Sólo pescado: salmón o pescado blanco
- Sin fruta
- Sin cloro para la piscina
- ¿Ron? no hay problema. ¿Con naranjada? Sin Cola
Après les formalités de notre accueil sur le site de l’hôtel, on se retrouvera bientôt, après un rhum punch à saveur de bonbon, dans une piscine d’eau salée dont le fond est maladroitement recouvert d’un épais caoutchouc bleu. L’ensemble est garni sur ses côtés et ses coutures d’un coulis de vert algue et dégage une odeur suspecte proche de celle d’un égout en période de canicule! Un peu plus tard, on se retire de cette soupe suspecte pour aller voir du côté de la plage, qu’on découvre… inexistante! Semblerait-il que les effets combinés des ouragans et des changements climatiques auront mangé cette portion de l’île, pour n’y laisser que le roc sous le sable. Lorsque la mer est calme, il paraîtrait toutefois qu’on puisse enjamber quelques pierres calcaires, au risque de la peau de nos genoux, pour retrouver un mince ruban de sable et s’y faire fouetter par les vagues. C’est tout de même joli, magnifique en fait, on aura l’occasion de s’y rendre une seule fois, avec la collaboration des vents qui auront, pour cette journée de grâce, fui la côte.
Pour le premier souper, nous avons pu nous rendre au restaurant à la carte. Sur cette courte carte, quatre services: une entrée, tartare de poisson ou salade rouge; une soupe, bisque de poisson ou crème de citrouille; un plat principal, filet de saumon ou de poisson blanc (mahi-mahi, bar, on ne sait trop) et un dessert, gâteau avec coulis de chocolat. Comme nous sommes deux, nous avons pu goûter à tout! Pas si mal, finalement, du moins selon les standards locaux: le tartare n’en est pas un mais il est frais et il a du goût. Les soupes sont également goûteuses quoique claires, tandis que les poissons sont bien apprêtés et accompagnés d’un riz blanc plus qu’acceptable et d’une macédoine sommaire, alliant champignons et macédoine en conserve. Le dessert, un lilliputien gâteau doré noyé dans un jus de chocolat, entre également dans la catégorie des choses acceptables là où nous sommes.
Le lendemain midi, nous aurions droit à un dîner et à un souper au même endroit, gracieuseté de notre forfait « Club Diamond », la modique somme de 100 $ par personne ayant été investie pour nous éviter le plus possible le buffet et ses affres culinaires. Notre serveur, le même qu’hier, nous explique le menu, également le même d’hier, à l’exception du dessert, maintenant un pouding au riz qui s’avèrera davantage une soupe de lait sucrée, aromatisée d’un sploutche de jus de cerise au marasquin, dans laquelle baignent, effectivement, quelques grains de riz. On nous assure, avec un sourire contrit, que le menu serait le même le soir venu.
Merde, la semaine sera longue!

Progressivement, les choses s’amélioreront. Arrivera d’abord la bière, chaude mais qu’ils réussiront à refroidir, puis le poulet, plus précisément des hauts de cuisse ou encore des pilons et de l’animal découpé mécaniquement. Nous retrouverons ces précieuses denrées du jour 3 jusqu’à la fin de notre périple. Apparaîtront plus épisodiquement le porc, en genre d’escalope saumurée ou en morceaux rappelant des côtes levées, de même qu’un vin rouge tout à fait acceptable, des œufs frais ou encore des fruits, essentiellement des petits ananas frais tranchés ou en morceaux et de la papaye en cubes, probablement tirée de conserves. Il y aura même du chlore pour la piscine, dont la section éloignée du bar s’avérera sans odeur et bien tenue, malgré cet étrange tapis de caoutchouc et son eau salée.

Côté mer, nous avons pu découvrir la Playa Sirena, à quelques minutes de taxi du site, et bénéficier d’une vraie plage cubaine, parmi les plus belles et les plus vastes que nous ayons vues à Cuba. Nous avons aussi visité un sanctuaire de tortues de mer, en piteux état mais dont la mission s’avère essentielle à la survie de deux espèces de ces animaux majestueux. Nous avons par ailleurs profité d’un séjour en mer à bord d’un catamaran nous offrant une plongée en apnée le long de coraux, la visite d’un haut-fond pour y découvrir une colonie d’étoiles de mer, un arrêt à la isla iguana, où un troupeau de ces bêtes d’allure préhistorique nous attendait pour accéder à la pitance qu’on leur laissait, rognures des légumes et des fruits de mer qui serviraient éventuellement à notre repas, une langouste qu’on dégustera sur le bateau et qui s’avèrera, contre toute attente, charnue et délicieuse.
Ultimement, ce sont nos rencontres qui donneront à ce voyage son lustre. Il y aura, d’abord et avant tout, ce rigolo couple de filles de Mont-Laurier, que je salue par la présente et avec qui on aura beaucoup jasé sur plein de trucs. Il y aura aussi ces deux couples de Repentigny, presque nos voisins, que je vois régulièrement en promenant mon gros Léo mais avec qui je n’avais jamais parlé avant ce voyage, de même qu’une trâlée de profs profitant du congé pascal pour une escapade au soleil, sans compter des retraités en tous genres avec lesquels il y a toujours moyen d’échanger sur l’un des innombrables sujets à portée de bouche, des moustiques au sens de la vie.
Bref, on a fini par avoir une belle semaine.
La question demeure, toutefois: faut-il se rendre à Cuba? On me l’aurait demandé au jour 2 de notre voyage que j’aurais répondu « plus jamais »… mais aujourd’hui, j’hésite. Moi et ma douce, on a fait le tour; aussi il est fort peu probable qu’on y retourne à court ou à moyen terme, mais je ne crois pas qu’il faille boycotter Cuba pour autant. Le fait est, tout simplement, que sans nous, humbles touristes québécois au budget ne permettant pas Panama ou Cancun trois fois l’an, Cuba n’aurait quasiment plus rien! Cependant, il me parait essentiel de questionner deux aspects de l’expérience:
- La situation politique cubaine
Je connais les griefs américains envers Cuba; cependant, la situation critique de sa population commande une normalisation des relations entre les deux pays, peu importe ce qu’en pensent les cubais installés à Miami et qui rêvent encore de récupérer leurs terres volées par Fidel Castro et ses méchants sbires communistes, manu millitari s’il le faut. Il y a là comme un enjeu de bienveillance entre être humains voisins. - Le rôle des transporteurs et des exploitants étrangers
À n’en pas douter, les Sunwing, Riu et autres exploitants qui œuvrent sur l’île nous promettent une expérience toute en superlatifs, leurs prétentions étant, du moins quant à l’aspect de l’alimentation, à la limite de la fraude. Considérant leurs profits, tant au sens de l’argent qu’ils retirent aujourd’hui de l’exploitation de ces resorts, malgré les problèmes vécus par les vacanciers, que de l’avantage qu’ils tireraient d’une expérience de vacances plus positive, les transporteurs devraient collaborer plus étroitement avec le gouvernement cubain pour que les sites de villégiatures de l’île qui ont une cote de 4 ou de 5 étoiles puissent véritablement offrir une expérience à ce niveau, quitte à ce que cet effort se reflète sur les prix. En outre, les exploitants étrangers devraient porter une part de la responsabilité d’améliorer les conditions de vie à Cuba, par leur action politique, par des fondations ou encore par d’autres moyens humanitaires.

Alors, tout de même, cher lecteur que j’aime, on y va-t-y, à Cuba, ou on y va-t-y pas? Mon humble avis là-desssus est, surtout si tu n’y es jamais allé: vas-y, mais prépare-toi et, selon tes préférences et caprices, il y a des trucs que tu dois mettre dans ta valise, en sus des choses que tout voyageur doit prévoir (crème solaire, médocs et autres produits essentiels):
- Des trucs à manger, préférablement en portions individuelles, car ce que tu ne mangeras pas, tu pourras le laisser pour les gens qui s’occuperont de ta chambre:
- Beurre d’arachides
- Confitures
- Bonbons, chips et autres friandises de fin de soirée
- Du vin, si tu aimes picoler des vinos plus que minimalement buvables
- De l’argent américain, en petites comme en plus grandes coupures, préférablement neuves.
- L’argent canadien est accepté et comporte l’avantage, pour les habitants, de pouvoir être converti en pesos cubains. Cependant, l’argent américain est l’argent du marché noir; aussi, sa valeur est bien supérieure.
Je te laisse enfin avec ces quelques autres recommandations. D’abord, sois généreux avec tes pourboires, car les personnes qui te servent sont d’une pauvreté que tu sous-estimeras assurément, plus encore leurs proches et leurs familles. Aussi, si tu souhaites donner des trucs, va voir sur les internets connectés, tu y verras pleins de conseils. Bah, je t’aide, voici quelques liens à cet effet:
- https://www.tripcentral.ca/blog/fr/choses-a-apporter-a-cuba/
- https://www.passionvaradero.com/post/quoi-donner-au-personnel-des-h%C3%B4tels
Faut quand même y aller mollo, tout le monde a sa fierté.
Sur ce, cher lecteur, je m’en vais mettre de la petite crème sur mes piqures de moustique et je te remercie d’avoir pris ces quelques minutes dans ta vie pour mettre mes mots à l’épreuve de ta lecture. N’hésite pas à commenter, ne serait-ce que pour me faire un petit coucou. Je te répondrai, sauf si tu n’as pas été gentil avec moi. Mais tu sais que je te fais confiance!
Je n’aurais pas su aussi bien expliquer que toi ce que nous avons pensé de tout ça… À bientôt mon cher. Belle plume!
J’aimeJ’aime
Portrait juste de la situation politique et de l’effet quotidien sur le peuple qui la subit depuis tellement trop d’années! Toutefois, ces gens écopent bien plus que ce que l’on perçoit! Il font des merveilles avec des riens pour des « petits riches » qui s’attendent trop souvent à la vie de grand luxe pour des bagatelles! Je trouve bien que Daniel nomme une partie de leur réalité. Ils créent des bulles artificielles de bonheur touristique, alors qu’eux peine à survivre. On le constate quand on plonge dans le vrai quotidien de ses gens en dehors des zones protégées. Et ce au grand profit d’inverseurs étrangers qui abusent de cette situation. C’est désolant et triste à la fois! C’est pourquoi, j’ai un dilemme moral à encourager cette formule, mais sans jugement Toutefois! c’est un moyen de soutenir les gens qui y travaillent! On peut se questionner à savoir si c’est normal qu’un médecin fasse plus en travaillant dans un resort qu’à exercer le métier pour lequel il a été formé?…Trop de gens critiquent le contenu du buffet sans se questionner sur la toile de fond de cette réalité cubaine!
J’aimeJ’aime
ces*
J’aimeJ’aime
on partage le dilemme, de même que le constat quant aux grands exploitants, d’où l’urgence d’un dénouement du conflit politique entre Cuba et les Etats-Unis. Par ailleurs, tu soulève des enjeux en lien avec le tourisme éthique qui dépassent largement la situation cubaine. Merci pour ta réflexion!
J’aimeJ’aime
coucou à vous deux.
Contente que vous ayez faits quand même un beau voyage.
Nous, on a mis Cuba sur pause. On y allait principalement pour ses plages, pour se ressourcer certes, mais on a eu faim la dernière fois. On n’est pas difficile mais il manquait de tout plus que les autres fois.
En jasant avec des amis de cette situation en revenant, on s’est rendu compte qu’à certains hôtels (même ile que la nôtre), il ne manquait de rien! Très bien manger…Tout dépend du propriétaire de l’hôtel! Un cubain? Un portoricain? D’où la source de marchandises provient.
J’adore Cuba et ses plages, mais la dernière fois les algues et les vagues m’ont laissé amer… ce n’est pas la faute de personne si dame nature de déploie mais de ne pas ramasser les algues…. C’était une première.
A+
J’aimeJ’aime