Texte… souverain!

Suis-je encore souverainiste?

Bonne question, cher lecteur, que je ne me posais plus, comme l’éventualité d’un quelconque geste à cet égard ne faisait plus partie de notre horizon politique. Et voilà que notre copain PSPP (Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, un fort sympathique jeune homme, par ailleurs) trône au sommet des sondages et nous rappelle qu’il a été choisi à la tête du PQ justement parce que sa position par rapport à la souveraineté du Québec ne comportait aucune équivoque. Au passage, il s’agit là d’un bel exemple de cohérence, ne trouves-tu pas?

Aussi, il faudra bien se poser LA question.

Le 20 mai 1980, j’étais résolument souverainiste: je croyais sincèrement que ce projet pourrait mener à un environnement politique plus proche de mes valeurs, dans un contexte où le Parti Québécois se situait, pour la majorité de ses membres, bien davantage à gauche du spectre politique et que l’usure du pouvoir n’avait pas encore fait son œuvre: un Québec moderne, progressiste, se construisait devant nos yeux et il y avait matière à croire en un pays à nous. Malheureusement, je n’avais pas encore le droit de vote; de toute manière, le peuple a tranché et René Lévesque a dû reporter à la prochaine fois le projet d’un pays pour le Québec.

En 1995, je pouvais voter mais déjà, je n’étais plus trop certain. Bien sûr il y avait eu les échecs de Charlottetown et du lac Meech, concrétisant la fracture politique entre le Québec et le Rest Of Canada. Il y avait aussi un mouvement populaire beaucoup plus soutenu en faveur de la souveraineté, mais le projet avait, encore une fois, été dilué par tous ces débats sur la question à poser, notamment quant à la nécessité d’une offre de partenariat préalable à toute déclaration de souveraineté par le Québec. Surtout, le Parti Québécois n’était plus ce parti progressiste qui m’avait séduit quinze ans plus tôt: la coalition (car le PQ en est une) avait viré à droite ou, du moins, ses éléments les plus à droite s’exprimaient beaucoup plus fortement. Mario Dumont prenait déjà du gallon et Lucien Bouchard devenait une figure du proue du projet de pays. J’ai quand même voté oui, mais je n’étais plus certain que mon pays deviendrait davantage que l’hiver de Vigneault. De toute manière, comme avait dit Parizeau, l’argent et les ethnies ont clos le débat (quelle bourde, quand même)…

Près de trente années plus tard, il devient possible que la question nous soit posée de nouveau. C’est quand même une question intéressante à ce moment précis de l’histoire du monde, ne trouves-tu pas? Non? Allez, je t’explique. D’une part, nous ne sommes plus dans le même Québec. Clairement, le nationalisme québécois s’exprime tant par sa droite que par sa gauche, en bonne partie grâce à la CAQ mais aussi en fonction de la mouvance mondiale valorisant une droite nationaliste étroite, protectionniste et défendant plus agressivement ses acquis et son enveloppe identitaire. C’est une droite que je réprouve et qui me fait peur; aussi, il est hors de question que je m’y rallie d’une quelconque manière. D’autre part, nous ne sommes plus dans le même Canada, en partie pour des raisons similaires, mais aussi parce que le vernis de respectabilité du Canada par devers le monde en a pris pour son rhume, au cours des vingt dernières années. Or, s’il y avait une chose qui pouvait me faire sentir un tant soit peu canadien, c’était cette image d’un Canada posé en conscience planétaire, capable de tempérer les ardeurs des uns et des autres et progressiste dans ses postures face aux grands enjeux mondiaux.

Bref, je m’identifie moins fortement tant au Canada qu’à la Nation québécoise.

Tout ça pour dire, cher lecteur qui m’a suivi avec patience jusqu’à cette conclusion, que je serais peut-être souverainiste si je savais ce que ça signifierait concrètement par rapport aux grands enjeux qui occupent ce monde du XXIème siècle. Perso, je souhaite vivre dans un pays résolument écologiste, dont la démocratie s’appuie sur des structures décentralisées plutôt que dirigé par des grands cheufs au-dessus du bon peuple. Sur le plan international, mon pays serait neutre mais il disposerait des moyens pour défendre l’intégrité de son territoire. Il rechercherait des alliances économiques avec des pays qui partagent ses valeurs. Il se positionnerait courageusement pour une répartition plus équitable des richesses, tant entre les individus qu’entre les nations. Mon pays serait inclusif, tout en valorisant les diverses composantes de son identité: sa langue, sa culture, son histoire. Enfin, mon pays ne fermerait pas les yeux devant les injustices, tant celles du passé que celles du présent.

Si on me propose ça, j’embarque. Sinon, à quoi bon?

Allez, je te laisse! J’ose croire que tu me liras bientôt, et que tu en tireras un certain plaisir!

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