Album du vendredi #10

Album: Crime of the Century
Groupe: Supertramp
Année: 1974

Anecdote… Ma prof de français de secondaire II nous avait permis, pour une raison que le temps a oublié, de terminer un vendredi après-midi en écoutant la musique de notre choix. Aussi, les élèves les plus allumés de la classe à cet égard, certainement pas moi qui n’y connaissais rien en musique populaire, avaient amené leurs albums. Je me souviens qu’il y avait un ou deux trucs de Kiss, l’album Billion Dollar Babies de Alice Cooper, un truc de Jethro Tull et cet album noir avec un grillage de prison qui flottait dans l’espace. C’était celui-là qui avait été choisi pour écoute par la collectivité et, franchement, j’avais beaucoup aimé. Aussi, le weekend venu, je me suis rendu au disquaire de la place Desormeaux, pas loin de mon domicile longueuillois, pour acheter le truc. Toutefois, je ne me souvenais que du fond noir et du truc brillant qui avait rapport à la police… j’ai donc acheté, pas trop sûr de mon affaire, l’album éponyme du groupe euro-disco Silver Convention. Quelle déception quand la chaîne familiale s’est mise à éructer le hit « Fly Robin Fly » (faut voir le vidéo de cette chanson, toujours aussi détestable par ailleurs).

Bref, j’avais raté la chance de me procurer l’album Crime of The Century

Groupe chouchou du public montréalais des années ’70, Supertramp se situe à la limite entre la pop et la musique progressive, comme plusieurs groupes de cette époque (Styx, ELO, bientôt Genesis…). Par cet album, de loin leur meilleur à mon humble avis, le groupe, formé autour du duo de compositeurs Roger Hodgson (chant, claviers et guitare) et Rick Davies (chant, claviers et harmonica) aura cristallisé son style musical de même que le « son Supertramp », caractérisé par un piano électrique Wurlitzer à l’avant-plan et dont la fonction était davantage rythmique que mélodique. L’œuvre, que j’ai revisitée avec plaisir pour les fins de l’exercice, n’a pas pris une seule ride: l’écoute est tout aussi fluide; la musique, facile d’accès, demeure originale et le propos, parfois ironique, parfois mélancolique, reste tout aussi pertinent pour l’adolescent en moi.

Piste 1: School (5:34)

Entrée à l’harmonica, mélancolique, puis cette histoire commence, une histoire d’école fréquentée comme une menace à la liberté de l’enfance. L’orchestration est simple, mais bien construite et efficace, comme ce crescendo menant au solo de piano à partir de 3:16. Montée de tension vers 4:10 menant à une reprise de la mélodie, avec une conclusion comme un appel à la résistance.

Piste 2: Bloody Well Right (4:32)

Entrée au piano, vieux jazz, puis un beat mollo pour une guitare wah qui nous mène au propos principal; tiens, on parle encore d’école! C’est mordant, mais le son est encore aéré. Au niveau du ton, c’est presque moqueur… ode à la futilité des grandes gueules, d’après ce que j’en comprends, et c’est bien fait pour eux! Et ça finit par un solo de sax, léger mais bien conduit.

Piste 3: Hide in Your Shell (6:48)

Entrée en scène en douceur avec ce piano rythmique, qui deviendra la marque sonore du groupe. Belles harmonies vocales à 0:54, en appel à la voix solo. Le chanteur parle vraisemblablement à une personne désemparée, qu’il cherche à soutenir. C’est très adolescent, tout ça, à la limite fleur bleue, mais c’est diablement bien construit, encore une fois, et orchestré avec finesse. À partir de 4:30, il y a une pause rythmique permettant un crescendo, tant musical qu’émotif. Ça se termine sur un fade out. Touchant.

Piste 4: Asylum (6:48)

Un piano solo ouvre la marche, musique légère. Le propos est introduit par la voix, toujours avec ce piano solo: on y parle d’aliénation. Progressivement, les autres instruments s’ajoutent, en ornementation au piano jusqu’au refrain, introduit par la batterie, vers 2:05, lors duquel tout devient plus ample. On retourne au piano pour le deuxième couplet, mais davantage accompagné par les cordes qui avaient fait leur entrée au refrain. Même montée à 4:10 pour la reprise du refrain. On comprend par la musique et par le propos du chanteur qu’il y a dérapage (on dirait, en clinique, décompensation). Tout ça se refermera sur la ritournelle du piano, jouée à la manière d’une boite à musique.

Piste 5: Dreamer (3:32)

Encore ce piano rythmique qui ouvre la marche, et encore ce petit clin d’œil moqueur à certains traits de l’adolescence, dans ce cas l’éternel rêveur, à qui on dit: arrête de rêver et fais donc ce que tu veux, à la fin! À partir de 2:16, la basse pulse un élan qui contamine toute l’orchestration, mécanique bien huilée. Encore ici, on n’est pas dans la virtuosité, mais tout est fait élégamment, avec équilibre. Fin avec un métallophone enfantin.

Piste 6: Rudy (7:20)

La pièce s’ouvre sur un piano comme dans un film western, qui prend de l’ampleur pour nous mener à un beat léger, vaguement sud-américain. À 1:20, le ton augmente une première fois, puis une seconde à 1:34, on est dans une succession rapide de motifs rythmiques et mélodiques jusqu’à 2:00, pour un solo de guitare assez bref, puis une accalmie qui nous introduit à un autre environnement musical! Enfin, on reconnait le piano du début, en reprise… En trois minutes on a eu droit, dans une relative simplicité orchestrale, à huit moments musicaux différents, sans qu’on sente de cassure. C’est dire combien c’est adroitement construit. On a droit à une minute de pause atmosphérique, puis à 4:00, les pulsations de la basse (tiens, comme dans Dreamer) nous amènent progressivement à un autre mouvement de la musique, plus soutenu cette fois-ci, puis transposé à 5:50, puis encore ramené au calme et à la mélodie du début, accompagnée cette fois par une section de cordes, plus dramatique. On devine que la fin du voyage n’est pas celle que le personnage de l’histoire espérait.

Piste 7: If Everyone Was Listening (4:05)

Boy que ça sent les Beatles, ici! Pas que ce soit un défaut, loin s’en faut, mais l’ensemble évoque très fortement les Fab Four, surtout le style Paul McCartney dans Eleanor Rigby. Les voix nous rappellent toutefois qu’il s’agit bel et bien de Supertramp. Un clin d’œil très réussi.

Piste 8: Crime Of The Century (5:34)

La pièce s’ouvre au piano et à la voix, on s’y est habitué maintenant, mais cette fois, la tension dramatique est plus forte, elle s’accentue d’ailleurs à 0:33 puis à 1:22. Entendons nous, on n’est pas dans du heavy metal, mais c’est pesant dans le ton. À 2:08, on entre dans une deuxième phase, dramatique, de la chanson, cordes à l’avant-plan, ponctuée par ce piano rythmique et par un beat à la Pink Floyd, paresseux mais efficace. Un saxophone en solo nous conduira bientôt vers une fin en fade out…

Pour aller plus loin

Autant j’ai aimé Crime of The Century (COTC), autant les autres albums de Supertramp m’ont laissé sur ma faim. Il faut dire que, comme bien des formations de cette époque, le groupe a poursuivi son virage pop amorcé par des pièces comme Dreamer. Ceux qui aiment la chose, par ailleurs, ont adoré Breakfast in America… Perso, je lui préfère nettement Even in the Quietest Moments, pour la pièce titre et surtout pour Fool’s Overture. Crisis, What Crisis?, l’album qui suivra COTC, contient tout de même quelques pièces intéressantes, mais l’ensemble ne vaut certainement pas qu’on se garroche sur une copie vinyle 180g! Spotify suffira amplement.

La semaine prochaine, on visitera un ami canadien de longue date. Tu devines?

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