Album du vendredi #13

Album: Ommadawn
Artiste: Mike Oldfield
Année: 1975

Peut-être avais-tu deviné l’artiste, Mike Oldfield ayant participé à la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Londres, en 2012. Quand à l’album, tu aurais peut-être pensé à Tubular Bells, mais cette première œuvre de l’ami Oldfield, alors âgé de 20 ans, comporte à mon avis quelques faiblesses, ce qui est assez normal pour un album de jeunesse. Tout de même, ce premier opus demeure son plus connu et aura contribué, entre autres choses, à mythifier un film que je n’ose encore regarder, de même qu’à lancer la maison de disque d’un certain Richard Branson, qui s’amuse maintenant à lancer des fusées dans l’espace pour les happy few qui peuvent se permettre un trip extraterrestre.

Toujours est-il que Ommadawn est le troisième album produit par Mike Oldfield. Il comprend, comme les deux premiers, une seule pièce séparée en deux parties, en raison des contraintes imposées par le vinyle… Rappelons à nos plus jeunes lecteurs qu’en 1975, le CD n’existait pas, eh non, et qu’un disque de vinyle peut difficilement contenir plus de 25 minutes de musique par face. Grand introverti, du moins à cette période de sa vie, Oldfield travaillait essentiellement seul, en studio, et jouait la majorité des instruments. La musique reflète cette individualité, en ce sens qu’il s’agit d’une musique intérieure, collée sur l’auteur (un peu comme du Alexandra Stréliski) tant dans l’émotion que dans les racines. Les références sont folklorique, par moments, de grands passages sont méditatifs ou touchent à l’enfance. On ne s’étonnera donc pas que Oldfield ait souvent été associé à la genèse du mouvement « nouvel âge ». Par ailleurs, son œuvre comporte des moments de violence contenue, exprimés principalement à la guitare électrique. Il s’agit de l’instrument de prédilection du musicien, qu’il manie avec une grande originalité dans le phrasé et qu’il dote d’une sonorité unique, proche du violon. Il faut dire que sur le plan technique, M. Oldfield est un adepte du grand bisounage de studio, comme en témoigne cet article de 1978, dans lequel il décrit, notamment, le setup lui permettant d’obtenir ce son.

Piste 1: Ommadawn, part 1 (19:10)

Dans la première minute, on entre rapidement dans une atmosphère de tension, exacerbée par les coups de pédale basse et amplifiée, dès 1:16, par le synthé solo et la basse. Les voix, menées par Sally Oldfield (la sœur de l’autre), contribuent à cette tension. Une reprise de la mélodie initiale sur guitare classique à 1:48 amène un sentiment de fragilité, sans qu’on s’échappe de cette tension, qui perdurera jusqu’à 4:10. Notons le solo de guitare électrique à partir de 3:12, avec le son si distinctif dont je parlais plus tôt. Cette guitare nous conduit, en crescendo, à un relâchement de tension, ou du moins à une transition assez dense, séquenceurs et guitares en phrasés rapides.

Dès lors, la couleur musicale change vers un ton à dominante folklorique, voire par instants enfantine. La musique demeure plus souvent qu’autrement ample, parfois même grandiloquente (par exemple, cette transition à la timbale entre 6:04 et 6:10). À 6:30, on est dans du majestueux, la guitare survole la masse des synthés, mais on se dirige rapidement vers une séquence d’inspiration celtique, très dansante, légère même, flute et guitare, séquence qui se densifie par moments par les synthés et la basse, mais qui demeure souriante.

Cassure à 8:15: on demeure dans le celtique, mais le ton redevient plus intime. On sent un crescendo, qui se confirme par le violon puis cette guitare aérienne à 9:24, entourés de synthétiseurs. Autre cassure à 9:45, le ton redevient tendu avec cette guitare ultrarapide laissant beaucoup de place au rythme de fond, qui prend de plus en plus d’importance, et qui demeurera jusqu’à la fin de cette première partie. Partition de guitare très originale par ailleurs, qui nous conduit vers ce qui semble être une conclusion, autour de 11:06, du moins la tension monte d’un cran. Il est encore trop tôt pour la fin, mais effectivement, la mélodie de cette finale nous est présentée.

Dès 12:30, c’est la voix de Sally Oldfield qui occupe le premier plan, survolant cette trame rythmique qui perdure. Le chant est répétitif, un peu comme une incantation, ce qui permet un procédé qu’on avait vu dans Tubular Bell et que Mike Oldfield utilise souvent, la superposition d’instruments et de mélodies secondaires autour d’une mélodie primaire qui s’étire. À 15:45, la tension monte alors que la guitare classique ajoute une couche de complexité, puis c’est la guitare électrique qui participe à cette montée, puis des cuivres, puis une basse haletante, puis les voix. tout ça est habilement soutenu jusqu’à 18:22, alors que tout disparait, sauf ce rythme qui s’éteint doucement.

Magistral.

Piste 2: Ommadawn part 2 / On Horseback (17:20)

Cette seconde piste s’ouvre sur une masse de synthés ornementés de divers instruments, difficiles à distinguer tant le son est dense, dans une progression lente qui se définit davantage dans la deuxième minute et qui s’étendra doucement, vers 5:20, après un bref moment plus solennel, cloches tubulaires en appui. Malgré la densité sonore, on sent cette mélancolie, qui s’affirmera davantage alors que tout redeviendra calme, une guitare acoustique presque seule répétant un motif à saveur folk. Elle sera bientôt appuyée par une guitare électrique, utilisant un motif qu’on reconnait pour l’avoir entendu dans la première partie. À 7:12, c’est maintenant une cornemuse qui prend le relais de la mélodie, soutenu discrètement par un synthé et une mandoline. Le ton est fortement teinté de mélancolie, l’utilisation de la cornemuse est, contre toute attente, judicieuse.

À 8:02, une transition s’opère, la cornemuse disparait et une flute lui succède sur un fond de synthés et de guitare acoustique. La trame sonore s’intensifiera rapidement, en définissant un nouveau motif mélodique qui s’accélèrera à 11:48, dans un changement de ton assez sec. On retourne en effet, en une mesure, à un rythme dansant et à cette nouvelle mélodie, presque enfantine, livrée à la guitare acoustique. Une guitare électrique surfera bientôt par-dessus la mélodie, phrasé encore une fois très particulier, jusqu’à une fin abrupte de cette section, vers 13:50.

En conclusion de cette pièce, on entre dans la section « on horseback » de cette seconde face de Ommadawn. C’est une section que j’affectionne tout particulièrement, la seule qui soit chantée en anglais par Mike Oldfield. La pièce est structurée simplement à partir d’une ligne harmonique définie à la guitare acoustique seule, la voix portant la mélodie des refrains, alors que les couplets sont récités comme une confidence. Le propos expose la fragilité de l’auteur, son introversion et ses angoisse. L’ornementation musicale se complexifie progressivement, mais sans altérer le caractère paisible de la chose, qui se termine tout simplement, à la fin d’une reprise de refrain.

Pour aller plus loin:

J’ai suivi la progression de Mike Oldfield jusqu’à la fin des années ’70, alors que sa musique progressait, comme bien d’autres artistes de cette époque, vers la pop et, il faut le dire, vers la redite. En fait, seuls les quatre premiers albums de Oldfield, de même que le sixième (QE2), représentent à mes yeux des incontournables de la musique prog. Toutefois, dans le cadre de mes recherches et de mes écoutes plus récentes, j’ai constaté que la discographie du guitariste comporte plusieurs créations plus récentes digne d’une écoute un tant soit peu attentive, qu’il s’agisse d’Amarok (album de 1990) ou encore Return to Ommadawn, son dernier album, paru en 2017. Le catalogue de l’artiste inclut par ailleurs des trucs sans intérêt, dont d’innombrables réinterprétations de Tubular Bells, de même que quelques albums pop indigestes ou prétentieux. Que veux-tu! On ne peut pas être génial à temps plein…

Évidemment, la musique de Oldfield ouvre la porte à l’exploration du vaste monde de la musique instrumentale électronique: Tangerine Dream, Vangelis, Klaus Schulze… Il y a des trucs vraiment intéressants à se mettre sous les oreilles de ce côté-là, mais je connais moins, alors je te laisse te faire aller le Spotify autour de ces auteurs si le cœur t’en dit… et je te convierai à un autre album du vendredi, très bientôt. Un indice: la chose impliquera un batteur dont on a parlé lors de la présentation des albums #7, #9 et #12!

Pour l’instant, bonne écoute!

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