Album du vendredi #18

Artiste: Sting
Album: … Nothing Like the Sun
Année: 1987

Fallait que je m’achète une de ces machines qui lisent les CD, c’était de plus en plus difficile d’acheter des vinyles, mais comme Gordon Matthew Thomas Sumner, alias Sting, était un gentleman, il avait pris soin que son dernier opus soit encore publié sous forme de galette analogique. Aussi, j’ai pu me procurer la chose en tant qu’album double. C’était, si je ne m’abuse mon dernier vinyle neuf avant que la chose ne redevienne en vogue.

Il y a quelques années, j’ai dilapidé les dernières traces de ma collection, une centaine de vinyles, à vil prix. Mes enfants m’en veulent encore, mais ça, c’est une autre histoire.

On avait connu l’ami Sting avec ses collègues de The Police. On l’avait remarqué pour sa voix et, surtout, pour sa musique, qui évoluait à vitesse grand V, et dont le premier opus solo avait une couleur résolument jazz. Pour ce second, on demeure près de cette sphère, mais le métissage musical sera plus affirmé, l’heure étant au World Beat. Toujours est-il que j’avais écouté cet album en boucle et que j’y retourne encore avec plaisir.

Piste 1: The Lazarus Heart (4:36)

On entre de plein fouet dans l’univers fusion de Sting avec cette première pièce: guitare percussive d’inspiration sud africaine, sax alto jazz, rythmes sud américains, mélodie atypique à la Police. Branford Marsalis occupe beaucoup d’espace, et c’est très heureux. Belle intro, courte mais efficace.

Piste 2: Be still my beating heart (5:32)

Section rythmique près du reggae, avec la basse économe de Sting au premier plan, on est ici plus près du adult contemporary, avec des moments plus intéressants, par exemple les voix d’accompagnement cernant les improvisations de piano jazz, vers 3:30. On admire la couleur de la voix de Sting et ce relief particulier dans la prononciation.

Piste 3: Englishman in New York (4:27)

Métissage reggae / jazz en intro, le ton est très léger. Musicalement, il faut noter le passage résolument jazz, témoignage de la dextérité de l’équipage musical, vers 2:15, auquel succède un bref clin d’oeil hip hop, avant le retour du ton léger de l’entrée en matière. Le propos concerne Quentin Crisp, un poète et modèle britannique ayant, entre autres choses, refusé de cacher son orientation sexuelle bien avant l’heure. Ode à la différence assumée.

Piste 4: History will teach us nothing (4:59)

Amorce de la deuxième face du vinyle, résolument reggae, ponctuée par un cuivre discret. Vers 1:30 (sooner or later), on est franchement du côté de The Police. Changement de couleur à 3:08, un léger vent d’optimisme avant de retourner en la mineur, vent qui reviendra vers la fin, en fade out.

Piste 5: They Dance Alone (6:56)

Hommage très réussi, touchant, aux chiliennes, épouses, mères ou sœurs des milliers de disparus, victimes de la traque aux gauchistes exercée par Pinochet. On apprendra plus tard qu’on faisait disparaître les corps des opposants au régime du dictateur, notamment en les coulant au fond de la mer, attachés à des rails. Parfois, l’horreur a un nom: au Chili, elle s’appelait Pinochet. Très belle finale, à partir de 5:08, remplie d’espoir, accompagnée d’une transition musicale conséquente, en majeur.

Piste 6: Fragile (3:51)

On termine la face b du premier disque avec cette pièce plus introspective, rythme latin soutenu à la guitare classique, voix d’accompagnement enveloppantes lors des refrains. On quitte cette première galette tout en douceur.

Piste 7: We’ll be together (4:48)

En ouverture de deuxième disque, cette pièce nous ramène vers le Sting vitaminé, funk, basse au synthé. Le son est actuel (lire: de l’époque), c’est dansant à souhait. À noter, une référence à l’album précédent vers la fin (if you love somebody, set them free). Il fait dans l’autopromotion, ce frelon… On ne lui en veut pas, c’est plutôt réussi même.

Piste 8: Straight to my heart (3:54)

Il y a une couleur péruvienne presque folklorique dans cette pièce en 7/8, très différente dans l’approche musicale. Bel ajout de paroles en écho à la deuxième reprise. Beaucoup de travail d’ornementation. Réussi, encore une fois.

Piste 9: Rock Steady (4:28)

L’arche de Noé, prise 2, rien de moins, sur fond de vieux Rock’n Roll, ornementation créative au piano acoustique et jeu de cuivres de plus en plus présents. Même les paroles prennent une teinte « street wise« . C’est rigolo et, en prime, on tape du pied tout du long. Fin de la face C.

Piste 10: Sister Moon (3:46)

Atmosphère de jazz feutré pour amorcer la quatrième face de l’album, le timbre de voix de Sting s’accordant parfaitement à la chose. Changement de tonalité très habile vers 2:28, fait en toute simplicité. On en aurait voulu plus de ce sax soprano…

Piste 11: Little Wing (5:03)

Une des innombrables versions de cet hymne blues créé en 1967 par Jimi Hendrix, fait ici avec classe grâce à l’orchestre de Gil Evans et propulsé par un solo de guitare héroïque, comme il se doit en ces circonstances, par un certain Hiram Bullock. Réussi, absolument et parfaitement.

Piste 12: The secret marriage (2:03)

Largement empruntée à Bertolt Brecht, cette dernière pièce, au piano et voix, charme par sa simplicité. On refilerait volontiers la pièce à Rufus Wainright, tant pour l’atmosphère que pour le propos. Élégante manière de conclure ce voyage musical.

Pour aller plus loin

Sting n’a pas vraiment besoin de références de ma part. Par ailleurs, ses œuvres, du moins à partir de l’album qui suit Nothing Like the Sun (The Soul Cages) me semblent de plus en plus soit sirupeuses, soit prétentieuses. L’homme fait dans la musique sérieuse, et ça pue la grosse tête. Bah, peut-être ne suis-je qu’un vilain jaloux: après tout, le succès de Sting est planétaire et le mien ne rayonne même pas sur la vieille section de Repentigny! Malgré la guimauve de ses opus plus récents, j’irais tout de même, volontiers, revisiter les albums produits alors que Sting fréquentait les Polices, surtout Ghost in the Machine et Synchronicity. Je poserais aussi, si j’étais toi, mon aiguille sur The Dream of The Blue Turtles, le premier album solo de Sir Sting.

Toujours est-il, cher lecteur que j’aime plus que moi-même, que c’est ici que je dépose mon clavier pour l’été. J’ai des choses à faire qui me feront te négliger pour un temps. Je suis certain que tu ne m’en voudras pas, ou peut-être si, un peu, tout de même. Je m’en excuse, sincèrement, mais je reviendrai, pour toi, quelque part en septembre, dirait Bécaud, quand les pommiers auront baissé les bras et que les raisins auront rougi du nez.

D’ici là, ciao et bon été!

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