Retours

Voilà le temps des retours venu.

Je reviens d’abord vers toi, lecteur que j’aime et qui s’est, peut-être, ennuyé un tantinet de son humble écriveux. J’ai plein de trucs à te dire, d’ailleurs, au terme de cet été somme toute mouvementé. Tout d’abord, tu ne devineras jamais, je me suis marié! Avec ma douce de ce dernier quart de siècle, avec qui j’ai traversé, dans cet ordre, le nouveau millénaire, trois accouchements (pour ce coup là, c’est elle qui a davantage traversé, mais bon, c’est quand même pas de la tarte pour les mecs, le truc des bébés, surtout quand ils grandissent), plein de péripéties, des rénos à la pelle, une retraite en attente de la seconde, une pandémie… En tout, bientôt 800 000 000 secondes tantôt de joie, tantôt de peine, toutes pleines de tout plein d’amour. Fallait bien souligner ça dignement et, surtout, affirmer haut et fort qu’il faut que ça continue. Ce fut fait ce 31 août dernier, avec la petite famille, de bons amis, de la bonne bouffe (gracieuseté du Coup Monté) et du bon vin!

Qui dit noces, dit voyage de, tu t’en doutes. C’est ainsi qu’on aura pu souligner dignement notre union deux fois plutôt qu’une, avec un premier voyage prénuptial en Espagne, puis un second, postmarital, à New York. Ah, la misère des riches! Pour l’Espagne, c’était une dizaine de jours, séparés entre Madrid et Barcelone avec un petit crochet vers Tolède, alors que pour New York, c’était un bain de foule perpétuel à partir de notre ancrage dans le Lower Manhattan, à un saut de puce du WTC. Dans les deux cas, on a bien mangé, on a bien bu et on a navigué d’un site à l’autre entre l’insouciance du touriste assumé et les préoccupations du citoyen devant le phénomène du surtourisme.

Entre autres impacts de nos pérégrinations, nous questionnons maintenant le recours aux AirBnB. Bien sûr, c’est confo et pratique, un mini appartement avec cuisinette campé parmi les résidents, mais dans les faits, le marché du AirBnB envahit celui du logement locatif à un tel point qu’il provoque, du moins c’est le cas en Espagne, une grave pénurie de logements ainsi qu’une explosion des tarifs à la location pour les citoyens de la place. Pour Barcelone, on parle d’une augmentation des loyers de plus de 68% pour l’année 2023 (voir cet article pour plus d’information). Ajoutons, pour compliquer les choses, que l’économie espagnole connait la plus forte croissance de tous les pays d’Europe en grande partie à cause du tourisme, le tiers de l’activité économique globale s’y faisant encore au noir, comme si l’Espagne n’avait pas encore accédé à la modernité. Comme qu’on dit, y’en aura pas de facile, pour les espagnols, qui dépendent, en quelque sorte, de ceux qui les appauvrissent pour s’enrichir.

Tiens, il y a un autre truc à mettre dans le département des retours: je me suis trouvé un boulot! Oui madame, j’amorce derechef une noble profession, celle de brigadier suppléant. Pourquoi, tu me diras? Bah, pourquoi pas? D’une, ce job me permet de bonifier un brin mon budget vacances, l’épouse et moi ayant la ferme intention de poursuivre nos escapades le plus souvent possible. De deux, l’idée d’une activité encadrée qui comporte une certaine utilité sociale et qui sollicite quelques-unes de mes compétences ne me déplait pas du tout. De trois, c’est quand même agréable de faire partie d’un groupe, au sens d’un ensemble d’individus participant un bout d’identité commune … En somme, je crois que je m’ennuyais un peu, cinq années après mon départ à la retraite, malgré mes responsabilités familiales, malgré l’écriture, malgré le jardin, malgré la maison, malgré Léo et ses besoins affectifs gargantuesques, malgré tout.

Bref, avec l’automne à nos portes, les retours s’empilent tant dans la petite vie que dans la grande, notamment en politique avec cet effroyable retour de l’extrême droite, en Allemagne comme chez nos futurs ex-copains américains. C’est dans ce contexte troublant que je retournerai, finalement, à l’écriture: je dois d’abord reprendre le fil des projets que j’avais laissé de côté, de Christoph au 100 albums, de même que je dois reprendre contact avec toi, avec le grand espoir que tu apprécieras et que j’alimenterai un tant soit peu quelques-uns de tes jours de mes coups de gueules, de mes délires ou de mes réflexions, comme le disait si bien Foglia (eh, toi, le jeune, Pierre Foglia, tu connais?), sur la-vie-mon-vieux.

Alors voilà, bons retours!

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