Album du vendredi #19

Artiste: Tears for Fears
Album: Songs from the big chair
Année: 1985

Tu pensais que j’avais laissé tomber, mais, non! Je persiste, quoiqu’au ralenti, à te présenter de ces albums qu’on écoute de la première à la dernière piste, sans avoir envie de lever l’aiguille. En voici donc un dix-neuvième!

Songs from the Big Chair est le deuxième opus du groupe britannique Tears For Fears, dont le premier avait passé relativement inaperçu, du moins de mon côté de l’Atlantique, alors que mon oreille snobinarde portait peu attention à la nouvelle musique, trop « synth pop » à mon goût. L’album est entré dans ma culture musicale par sa première pièce, omniprésente sur les ondes FM: une production hyper léchée, un beat « rentre dedans », un propos énigmatique, des voix singulières et, à travers toute cette quincaillerie synthétique propre à l’époque, de la vraie guitare et de la vraie basse. C’était un cas de « garroche toi pour acheter l’album »! Et je n’ai pas regretté: Songs from the Big Chair fait encore partie des albums que j’écoute de bout en bout, sans une seconde de lassitude.

Piste #1: Shout (6:33)

Pièce introductive et première piste de l’Album, Shout arbore une section rythmique musclée, très « Phil Collins ». L’espace occupé permet, un peu comme dans la musique prog plus traditionnelle, des digressions instrumentales, par exemple entre 2:45 et 3:20, passage rythmique plus complexe, malgré qu’on demeure en 4/4. Dès lors, l’environnement sonore se densifie, la guitare prenant de plus en plus de place jusqu’à occuper l’avant plan en solo. On est alors dans du vrai de vrai prog, presque symphonique, les voix en multiples couches s’associant à la floppée de synthés et de batteries électroniques pour appuyer la guitare. Fade out, on en redemande.

Piste #2: The Working Hour (6:31)

Intro jazzée, aux intonations orientales, sax et synthés, nous conduisant à 0:45 vers un rythme qui sera bientôt conjugué à la guitare rythmique, on pense à Adrian Belew, période King Crimson. Vers 1:40, le thème principal de la pièce nous est révélé. Il sera bientôt accompagné de cette voix si émotive de Roland Orzabal (ou l’autre, leurs voix sont très similaires), les paroles tournent encore autour du trauma, la tension psychologique demeure entière, tout comme dans Shout. Modulation vers 3:40 qui génère plus d’anxiété encore. On remarque la basse (de la vraie), un jeu créatif qui sert habilement le propos et qui s’arrime fortement au rythme. On termine au saxophone, en decrescendo, mais sans véritable apaisement.

Piste 3: Everybody Wants To Rule The World (4:11)

On est ici les deux pieds dans la pop, le beat s’installe rapidement après une intro tricotée à la guitare. La recette pop rock est assumée: on a droit à des power chords (1:35) et même à des solos de guitare (2:35 et 3:35). Fade out sur le deuxième solo. Efficace.

Piste 4: Mothers Talk (5:06)

Intro James-Bondienne, bientôt soutenue par une batterie agressive suivi par une ligne de basse hyperactive au synthé. Le tout crée une tension émotive forte, à la Duran Duran, laquelle est soutenue davantage encore par les accords plaqués à la guitare et les éclats de synthé (très eighties). Break musical intéressant vers 2:30, soutenu par le retour des cordes. À 3:45, une basse réelle prend l’avant plan pour une séquence instrumentale très travaillée rythmiquement, quoiqu’on demeure en 4/4 (et on y restera pour tout l’album) qui nous mène à une fin désorientée. Une des pièces les plus fortes de cet album.

Piste 5: I Believe (4:55)

Ballade jazzée, piano-voix ornementée discrètement au sax alto, la section rythmique est minimaliste, les synthés ne font que soutenir l’avant-plan. La voix est magnifique. On avait besoin de cet intermède.

Pistes 6 et 7: Broken (2:38) et Head Over Heels / Broken (5:02)

La première piste constitue une intro musclée pour ce qui suivra, le riff de basse est franc et solide, le texte arrivant dans la dernière minute, permettant la transition vers la seconde pièce, résolument pop mais, comme d’hab, habilement orchestrée. On a même droit à des « la la la » qui pourraient devenir un « stadium hymn ». Ils connaissent la recette, ces salauds. À 4:10, on reglisse dans « Broken », troisième tranche de ce sandwich musical, qui se termine abruptement, sous les applaudissements.

Piste 8: Listen (6:53)

On s’installe ici dans la lenteur, dans la thématique sonore world beat, la mélodie chantée tirant doucement vers le jazz. C’est presque méditatif dans la construction, les phrasés musicaux se superposant comme des mantras. Vers 4:00, s’installe une interaction très réussie entre une guitare électrique plaintive, une voix aigue arabisante et un chœur répétant un thème vocal qu’on sent africain, toujours avec ces mantras qui se superposent. De l’excellent travail de studio, incluant la finale abrupte.

Pour aller plus loin

La discographie de Tears For Fears (TfF) s’étire bien au-delà de sa période faste, mais ce sont les trois premiers albums qui méritent davantage d’attention: Premièrement, The Hurting requiert une écoute indulgente: l’album comprend des compositions qui feront époque, par exemple Mad World, mais aussi des trucs moins fignolés, l’électronique étant beaucoup plus à l’avant-plan, peut-être trop à mon goût. L’album The Seeds of Love, leur troisième, tire beaucoup plus du côté de la musicalité, tant dans la voix que dans l’instrumentation. TfF s’approche ainsi de la tradition « adult rock » à la Sting, mais pour cet album, c’est réussi, incluant la pièce titre, un hommage senti aux aïeux, les Beatles…

Comme TfF se situe clairement dans la veine électro-pop-chic des années 80, c’est du côté de Depeche Mode, de The Smiths ou encore de The Cure qu’il faudra aller s’amuser pour trouver du comparable à se mettre sous la dent. à partir de là, on peut s’étendre sur la vague new wave anglaise et découvrir plein de trucs, dont certains n’ont pas trop vieilli!

La prochaine fois, on s’en va un an plus tard, du côté de nos voisins du Sud, et dans un genre tout autre…

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