Album du vendredi #20

Artiste: The Beastie Boys
Album: Licensed to Ill
Année: 1986

Yo!

Premier album canon pour la désormais célèbre formation newyorkaise: irrévérencieux, novateur, drôle, mordant… Certains diront que c’est de la musique pour ados attardés, et peut-être auront-ils raison, mais, entre toi et moi, ados de cœur par moments trop rares, on s’en bat les couilles! Cet opus des BB, outre qu’il soit bourré de killer riffs et de beats hyperefficaces, dénote une culture musicale beaucoup plus large que de coutume pour le genre et un culot qui découle assurément du je-m’en-foutisme punk, caché quelque part dans la préhistoire de cette formation musicale. Perso, j’aime cet album d’un bout à l’autre et c’est pourquoi on le retrouve ici.

Piste 1: Rhymin & Stealin (4:08)

Beat pesant emprunté à Led Zeppelin (When The Levee Breaks) et riff de guitare hyper connus rippé de la pièce Sweet Leaf (de Black Sabbath), les couleurs sont annoncées. Le trio de voix est, ma fois, assez typé: on distingue le ton nasillard et moqueur de MCA des voix plus « standard New Yorker » de AD-Rock et de Mike-D, l’ensemble maniant les cordes et les formes du hip-hop avec un aplomb étonnant et une désinvolture qui deviendra une signature du groupe.

Piste 2: The New Style (4:35)

Une des pièces plus complexes de l’album, comportant des échantillons de AC-DC (Flick of the Switch) jusqu’à un groupe jazz obscur des années 70, Funk Inc. (Kool is Back). Le propos nous confirme les préoccupations centrales du groupe, à savoir: ils sont les meilleurs dans leur genre, ils sont armés, ils sont coquins, ils ont des gros zobes, ils sont pas gentils du tout, ils aiment boire et consommer plein de trucs pas trop santé… À noter, l’effet « drop », très réussi, introduit par Mike D vers 3:10.

Piste 3: She’s Crafty (3:35)

Rigolote balade, présentée ici par son vidéo promotionnel, à propos d’une jeune fille qui s’avéra une rencontre fort peu profitable pour le groupe… La chanson est essentiellement construite autour d’un échantillons de Led Zep (The Ocean). On reconnait tout de suite, c’est pas très subtil!

Piste 4: Posse in Effect (2:26)

« Posse » est un vieux terme anglais récupéré du domaine légal signifiant, globalement, un groupe de personnes partageant un intérêt commun, mais ici, on parle davantage d’une meute, d’un groupe dominant qui prend le plancher. Echantillonnages plus obscurs, incluant un succès hip hop à la marge associé à Pee-Wee Herman. Toujours efficace…

Piste 5: Slow Ride (2:56)

Encore une fois, on reconnait immédiatement l’échantillon, d’une toute autre nature cette fois: Low Rider, de War, entre autres trucs. On est dans du plus léger, presque humoristique, mais on ne s’en lasse pas.

Piste 6: Girls (2:12)

Ici, on est presque dans la préadolescence, avec cette ode à la concupiscence, ironie de l’image très misogyne des rappers de l’époque (qui perdure, d’ailleurs). Pas d’échantillons ici, simplement une programmation à la batterie électronique et une mélodie simple au clavier.

Piste 7: Fight for Your Right (3:28)

On demeure dans la prépuberté pour cette pièce, parodie des rock anthem et hymne à la légèreté de l’être, pour le moins. Ici, pas de sample, que de la batterie électronique affublée d’une vraie guitare, deux en fait si on compte le solo désarticulé, oeuvre « mémorable » de Kerry King, second violon de Slayer. C’est rigolo, mais à prendre au second degré.

Piste 8: No Sleep till Brooklyn (4:06)

Autre collaboration avec Kerry King, autre opus sans échantillonnage, la pièce deviendra une signature pour le band. Hyper efficace, la référence à Mötörhead s’adresse aux puristes (ce groupe familier pour les punks et les metalheads aura pondu l’album No sleep till Hammersmith)

Piste 9: Paul Revere (3:40)

Retour aux échantillons, jazz et hip hop cette fois, avec une trame narrative qui relate (de manière fantasmatiques) la réunion des trois lascars. Pissant et, comme toujours, exécuté avec une précision chirurgicale.

Piste 10: Hold It Now, Hit It (3:26)

Musicalement déjanté, plus encore du coté du flow, c’est probablement ma favorite sur l’album. Le vidéo nous aide à prendre la mesure de la folie qui anime ces trois garçons, pour notre plus grand plaisir. En prime, plusieurs samples, dont un truc de Noël rap. De la pure folie!

Piste 11: Brass Monkey (2:37)

Pour notre culture personnelle, les BB référent ici à un drink (rhum brun, vodka et jus d’orange) disponible pré-mixé en cannette, mais a chose a peu d’importance… Un seul échantillonnage agrémenté de TR-808 (drum électronique de Roland au son unique, emblématique des années 80). Comme diraient les chinois, One of a kind.

Piste 12: Slow and Low (3:38)

Le tempo est annoncé en titre. On commence à être habitué au propos et aux références culturelles du trio; aussi, le changement de rythme est le bienvenu. On recycle AC/DC et un groupe RnB occulte de 81.

Piste 13: Time to Get Ill (3:39)

« Ill », si tu ne le savais pas, réfère à « sick », dans le sens « awesome » ou « cool ». On traduirait par « terrible », ou encore « capoté », « malade » ou « débile » dans le slang québécois de l’époque. On en déduit que pour cette dernière pièce, les BB nous serviront un opus débile et on aura bien raison: la rythmique est complexe, l’environnement d’échantillonnage est touffu, en particulier à partir d’1:45, la chose incluant même le thème des Arpents Verts… 16 pièces seront citées, des trucs très connus (Walk This Way, I Love Rock’nRoll), d’autres moins (The Russel Brothers ou Schooly D, des trucs qui forment les racines urbaines des BB) mais aussi des émissions de télé et même une de leurs propres pièces! C’était le last call de l’album…

Pour aller plus loin

Les Beastie Boys auront commis plusieurs albums à succès, sinon commercial du moins d’estime, entre 1986 et 2004. On retiendra quelques succès sur MTV, dont Sabotage , Sure Shot ou CH-Check it Out. On retiendra également, de l’ensemble de l’œuvre, une culture musicale impressionnante, une imagination débridée, une pensée créative autonome et un sens de l’indépendance artistique exacerbé par des croyances personnelles exprimées haut et fort. Aussi, quiconque s’intéresse au mouvement hip hop devrait inclure la discographie des BB dans sa liste de lecture. Il y a des redondances, quelques merdes, mais aussi des perles d’imagination et de folie.

À partir de cette exploration, le mélomane averti pourra s’aventurer du côté des grandes icônes du Hip hop (NWA, Wu Tang Clan) et des styles qu’ils ont influencé, tel le Nu Metal (souvent représenté par Limp Bizkit ou encore Rage Against The Machine). Il y trouvera certainement des trucs qui valent une oreille ouverte.

À la prochaine, donc, pour une excursion du côté de nos voisins de l’Ouest, ce cher Rest of Canada, qui nous aura au moins donné quelques artistes d’exception, dont celle que nous visiterons bientôt.

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