Le Mal: prise 2

Cher lecteur

Je te sais beaucoup plus nombreux quand je te parle de mon chien, mais, tout de même, je persiste à te causer philo. Tu ne pourras donc pas m’accuser de clientélisme, et c’est très bien comme ça. Cependant, tu pourrais prétendre que, dans le fond, je n’écris que pour moi… et ça, ça ne serait pas très gentil. Aussi, je suis certain que tu ne me lancerais pas de tels propos et, pour t’en remercier, j’illustre cette seconde chronique sur le Mal par un cliché de mon cher Léo, dans une posture qu’on pourrait croire réflexive.

Où en était-on? Ah, oui! On se disait que pour régler le problème du Mal dans le monde, il suffirait de concevoir une morale unique, une vision univoque de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas. Solution simple, mais il faut le reconnaître, absolument inapplicable. J’explique: dans les sociétés totalitaires ou intégristes, là où la liberté individuelle ne s’exerce que difficilement, une morale unique est effectivement imposée. Aussi, on pourrait en déduire que cette forme d’organisation sociale est porteuse de paix. C’est d’ailleurs une excellente clé de lecture pour comprendre la tentation totalitaire qu’on observe, notamment, chez notre voisin du Sud… Malheureusement, pour les MAGA de ce monde comme pour nous, deux problèmes se posent: d’une, considérant la bête humaine et sa farouche tendance à l’autodétermination, toutes les sociétés totalitaires portent en elles des éléments qu’elles désigneront comme subversifs et qu’elles combattront, nécessairement, pour préserver leur identité. Voilà d’ailleurs pourquoi les sociétés totalitaires sont toutes violentes, la lutte pour la préservation d’une identité univoque menant nécessairement au rejet de l’altérité. De deux, il faut voir que les sociétés totalitaires cohabitent, souvent à proximité l’une de l’autre, ou, du moins, qu’elles interagissent. Pensez Israël-Hammas… Nécessairement, elles se confronteront, chacune étant jugée l’altérité de l’autre, polluant qui nourrit la subversion interne, poison générant le poison, Mal générant le Mal. On a vu ça, dans notre chère histoire, par les croisades et par les « grandes » guerres, entre autres charmantes époques de notre Humanité.

Tu me suis encore? Léo, lui, ronfle, affalé le long du seuil de la porte patio. Il a l’air déjà épuisé de je ne sais trop quoi, mais je suis certain qu’il espère secrètement que, malgré le verglas qui s’installe sur notre belle contrée, je lui dirai bientôt « viens-tu marcher? » Perso, je profite de cet épuisement simulé pour étirer mon soliloque… T’inquiète, Léo, j’achève.

On pourrait néanmoins revenir, cher lecteur, vers cette idée que l’Ultime solution consisterait en l’établissement d’un seul système, mondial celui-là, qui viendrait dicter les grandes lignes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Or, on l’a vu tantôt, l’idée semble d’emblée vouée à l’échec, because cette foutue tendance de l’individu à l’autodétermination. En tous cas, on sait par l’exemple qu’un tel système, s’il est imposé, conduira au totalitarisme planétaire et à la répression de l’individualisme, maintenant assimilé au Mal. En outre, l’implantation d’une telle vision mondiale du monde ne pourrait être que la résultante d’un évènement de nature cataclysmique: guerre mondiale, famine planétaire ou autre pandémie exerçant des pressions telles sur l’ordre mondial que l’existence même du genre humain serait compromise. Et, ça, on ne veut pas… Au passage, il existe des masses d’ouvrages philosophiques et romanesques qui ont exploré cette possibilité et qui ont tous conclu, sauf erreur de ma part, à son échec inévitable.

Existe-t-il, cher lecteur, une solution qui permettrait la Paix sur Terre et qui nous assurerait la victoire ultime du Bien sur le Mal? Contre toute attente, je te dirai oui, et j’y consacrerai un troisième texte. Bientôt.

D’ici là, porte toi bien et fais attention à toi: la saison appelle à la prudence dans tes déplacements autant qu’à la nuance dans tes idées…

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