Le Mal: Prise 3

Pourquoi ci pourquoi ça
Pourquoi c’est comme ci
Pourquoi ci pourquoi ça
Pourquoi c’est comme ça
(Jordy)

Dur, dur, d’être un optimiste, avec toutes ces questions qui nous pourchassent et toutes ces choses incompréhensibles qui nous assaillent!

Pourtant, c’est ce que suis. Tu diras peut-être, cher lecteur, que je le cache bien, mais j’ai toujours été convaincu que, malgré les hoquets de l’Histoire, nous progressons, toi et moi, vers du Mieux, et que pour le voir, il nous faut simplement un peu de recul. Si on garde le nez collé sur la réalité immédiate, on réalise assez vite qu’on a devant nous un concentré de caca frais et, immanquablement, on se met à rêver à ce sempiternel avant, quand tout était mieux, plus simple, plus sain.

Et ce, peu importe les époques: à preuve, cette citation, archi usée par ailleurs, attribuée à notre bon ami Socrate mais probablement distillée des propos qu’aura tenu Platon en son nom, puisque Socrate n’a rien écrit, sa vie durant… Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans… On sait maintenant, fais tes recherches, que le commentaire de Socrate concernait davantage le besoin que la liberté individuelle soit contenue dans l’écrin de la responsabilité collective, mais peu importe, la sagesse populaire utilise ce bon vieux Socrate pour nous faire dire que les vieux sont, depuis toujours, des nostalgiques du bon vieux temps.

Ils ont tort, ces aînés. Ça va de mieux en mieux.

Je sais, je sais: on se croit confrontés à des défis sans précédent dans l’histoire de l’Humanité: la crise climatique, le retour du conservatisme primaire et la primauté de la pensée sociale réseautée sur la réalité objectivement vérifiée, cette conne d’intelligence artificielle, la cybercriminalité, la déplétion accélérée des ressources planétaires because notre surconsommation inconsciente et égoïste, la concentration scandaleuse des richesse dans les doigts sales des happy few, dont toi et moi, faut le préciser. Comment, alors, dire que ça va mieux?

Pourtant, je persiste et je signe: on progresse, je te jure. Lentement. Un peu, paradoxalement, grâce à nos malheurs, récents comme anciens. Prends l’exemple de cette chère pandémie. Sans exagérer, on peut dire que les années Covid ont mis en péril le fonctionnement même de nos sociétés et ont conduit à un dérèglement majeur de l’ordre mondial, dérèglement qui ne s’est pas encore entièrement résorbé, loin s’en faut. Pourtant, ces années ont donné cours à une accélération fabuleuse de la recherche sur notre compréhension de l’activité virale, accélération qui n’aurait pas été possible, au demeurant, sans nos années de lutte contre le virus du Sida. Le progrès se construit d’une lutte à l’autre, effaçant des pratiques du passé et amenant avec lui de nouvelles façons de faire et d’agir.

Prenons un autre exemple, plus d’actualité encore: le conflit entre Israël et le Hammas. Dans l’immédiat, c’est une horreur sans nom, chacune des parties ayant agi envers l’autre avec une barbarie que n’auraient pas renié les grands tyrans de notre belle histoire humaine. Ce conflit met en lumière un demi siècle de tyrannie des leadeurs israélien envers les palestiniens de même que les conséquences de ces comportements sur l’évolution sociopolitique du monde musulman avec, par extension, un impact mondial sur les tissus sociaux occidentaux, le tout sous l’œil inquiet des organismes créés après la Seconde Guerre pour que plus jamais la barbarie humaine ne puisse s’exprimer librement, en premier lieu l’ONU et sa pléthore d’organismes et de comités connexes dont, grâce au Statut de Rome, la Cour Pénale Internationale de La Haye. Il faut aussi dénombrer les nombreuses organisations non gouvernementales vouées, d’une manière ou d’une autre, à l’amélioration de notre monde, dont la Croix Rouge ou Amnesty International. La grande majorité se sont positionnées fortement contre l’action délétère d’Israël et du Hammas et ont réprouvé en des termes univoques le sort réservé à ces pauvres Gazaouis, de même qu’à ces jeunes gens, israéliens et autres, qui ne souhaitaient que danser pour fêter leur jeunesse insouciante. Tu me diras que ça n’a pas changé grand chose, pour le moment, mais l’histoire n’est pas terminée. Je demeure convaincu que les pressions exercées sur Israël par les organismes supra nationaux finiront par aboutir à du mieux pour ce qu’il restera du peuple palestinien et, à plus long terme, pour la situation sociopolitique au Moyen-Orient. Je suis comme ça. Suffit de laisser le temps faire son œuvre et, surtout, de soutenir ces organismes qui sont les véritables moteurs de notre transformation.

C’est un peu la même chose, côté climat. Je sais, on se comporte collectivement en brutes ignares dans ce dossier, nos cellulaires bien en main branchés sur nos nuages informatiques et nos culs climatisés calés dans les fauteuils massants de nos bolides surdimensionnés, tout électriques puissent-ils être. On vit, eu égard à la crise climatique, dans le confort et dans l’indifférence à la puissance 10, malgré l’information objective reçue quotidiennement et qui nous appelle à changer urgemment nos comportements individuels pour éviter notre perte, malgré Greenpeace, malgré le WWF, malgré les COP climat, malgré le GIEC… Et on va, tous ensemble, se casser la gueule grave, je te dis. La crise climatique est l’ultime défi de notre monde, défi qui pourrait très certainement mener à notre perte si on continue à se conduire en idiots climatosceptiques.

Pourtant, encore une fois, je ne peux faire autrement que de me dire qu’à force d’insister, les communautés scientifiques finiront par être écoutées. Ce sera probablement trop tard pour que notre monde évite des conséquences qui s’exprimeront pour quelques siècles après les grands réchauffements. En fait, on est déjà trop tard. Cependant, je suis persuadé que l’humanité survivra et que découleront de ces siècles troubles qui sont devant nous et dont nos enfants seront témoins quelque chose de mieux encore. Nous apprendrons, nous construirons, nous avancerons.

Aussi, je dis à mes enfants, car c’est avant tout à eux que je m’adresse, qu’il faut croire en l’existence d’un monde meilleur, sachant que le mal existe et qu’il persistera, malgré toute notre bonne volonté: par manque d’éducation, par manque d’amour, découlant parfois de la maladie mentale mais plus souvent des inégalités entre les peuples ou entre les classes sociales. Je leur dirai aussi qu’il faut porter en soi cette valeur ultime qu’est la gentillesse, mère de l’inclusion. Du même élan, je les encouragerai à dénoncer l’intimidation et tous les comportements qui découlent des rapports de force et de ceux qui pensent que les conflits mènent les Bons à la Victoire et les Méchants à la défaite.

J’encouragerai par ailleurs les forces progressistes de ce monde à continuer à croire aux vertus de l’éducation, de l’inclusion, de l’action compensatoire envers les moins nantis, de la bienveillance, du partage et, plus simplement, de la gentillesse. En contrepartie, il faut dénoncer non pas les intimidateurs, mais leurs comportements, et exiger le respect entre les institutions, entre les représentants élus des états, entre les partenaires ou les adversaires politiques. Indépendamment des rapports de force, il faut le dire quand un grand leadeur se comporte en crétin. Tu comprends ça, Justin? Et toi, François, tu piges aussi? En agissant ainsi, on participe à ce lent et long combat pour l’amélioration de l’humanité.

Allez, tu sais bien, dans le fond, que je ne suis qu’un vieux hippie. Penses-y tout de même, et profite du temps de Fêtes pour pratiquer ta gentillesse auprès des gens que tu aimes, et crois en l’avenir. Peace, man.

There you go man, keep as cool as you can.
Face piles
And piles
Of trials
With smiles.
It riles them to believe
That you perceive
The web they weave
And keep on thinking free.

(The Moody Blues, In the Beginning, 1969)

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