Album du vendredi #22

1967. Alors que Trump, 20 ans, bien à l’abri du Viêt-Nam, terminait ses études en rêvant aux millions qu’il ferait sitôt sa morale perdue, ailleurs, c’était l’année de l’amour, c’était l’année de l’Expo et je m’y promenais, au bout de ma laisse et du haut de mes trois ans. Faut-il ajouter que j’ai découvert a posteriori la musique de cette épique époque, alors que naissaient, du moins sur disque, Pink Floyd, David Bowie, Procul Harem, Hendrix, Joplin ou The Doors, entre autres pointures du rock. Pendant ce temps, les déjà semi retraités Beatles produisent leur huitième album, lequel deviendra un modèle pour l’industrie musicale, notamment en ce qui concerne l’exploitation de la pochette comme objet d’expression artistique ou encore l’importance du travail de création en studio, celui-ci devenant davantage un instrument de musique en soi qu’un simple outil pour l’enregistrement.

Artiste: The Beatles
Album: Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band
Année: 1967

On dira de cet album qu’il représente l’apogée du rock psychédélique britannique, qu’il donnera naissance au mouvement du rock progressif ou encore qu’il serait le premier disque « art rock ». On pourrait en débattre, j’en conviens, les palmarès et les épithètes étant sujet à discorde; toutefois, on peut affirmer sans détour que l’œuvre témoigne fortement de l’ancrage des Fab Four dans les courants centraux de la musique populaire en cette année de l’amour: éclectisme, décloisonnement, ouverture, fusion des genres, le tout relevé d’épices psychédéliques variées. On pourra enfin décréter que nous avons là une musique intemporelle, par delà les étiquettes et les qualificatifs.

Allons-y donc, cher lecteur, titre par titre. Tu connais la routine: pour chaque piste, je te joins un lien vers la pièce sur YouTube et je te pousse un commentaire appréciatif personnel. Pas de recherche approfondie pour cette fois, tout a été dit sur cet album…

Piste #1: Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (2:00)

La chanson campe le récit. Déjà, on sait que l’objet n’est pas la pièce, mais l’album entier: Sit back and let the evening go, chantera Lennon. Il y a aussi ce sarcasme par rapport au passé récent des spectacles des Beatles, où les chansons n’avaient plus d’importance par rapport à l’évènement et l’où on n’entendait que les cris d’admiratrices en pamoison.

Pistes #2: With a Little Help from My Friends (2:42)

On est ici dans du Beatles pur jus: simple, efficace, joli à la limite et certainement rassembleur.

Piste #3: Lucy in the Sky with Diamonds (3:28)

Lennon à l’avant-plan, avec tout de même cette basse de McCartney, au phrasé toujours marquant, dans un récit clairement émaillé par l’imagerie psychédélique du moment.

Piste #4: Getting Better (2:48)

Lennon fait une passe à McCartney, pour cette quatrième piste à la mélodie très Beatlesque, c’est à dire simple en apparence mais finement ciselée, avec cette curieuse incursion de sitar vers 1:34. On admire les échanges chantés entre Lennon, à l’arrière plan et McCartney, lead singer pour l’occasion.

Piste #5: Fixing a Hole (2:36)

McCartney brille ici en tant que mélodiste, bassiste et chanteur, avec cette nostalgie qu’on retrouve souvent dans les titres plus lents des Beatles.

Piste #6: She’s Leaving Home (3:25)

On quitte complètement le rock pour un récit enluminé par un orchestre de chambre. C’est très proche du son et de l’esprit de Pet Sounds. Charmant…

Piste #7: Being for the Benefit of Mr. Kite! (2:37)

Toujours cette inspiration Beach Boys (dernières oeuvres), John Lennon nous peint un univers circassien, très brittish. On y est presque, tant les images musicales sont fortes.

Pistes #8: Within You Without You (5:05)

Grâce à George Harrisson, on est maintenant en Inde: sitar et tablas se joignent à une instrumentation occidentale classique pour une pièce qui n’a rien d’un pastiche: la démarche créatrice est sincère, respectueuse, la voix de Harrisson collant au propos musical. Il s’agit ici de la première pièce plus longue de l’album, mais aussi l’une des plus achevées.

Piste #9: When I’m Sixty-Four (2:37)

Encore un univers musical différent, celui du barber shop. Le propos est croquant, le ton est rigolo, la mélodie colle en tête.

Piste #10: Lovely Rita (2:42)

Autre titre à consonnance humoristique, bon enfant même, avec cette incursion ragtime vers 1:25 et ce beat sautillant. La fin aurait pu s’étirer dans un jam de couleur jazz, mais le tout a été abruptement interrompu… dommage!

Piste #11: Good Morning Good Morning (2:42)

C’est par sa structure rythmique et par ses variations mélodiques que cette onzième piste, peut-être la plus « prog » de l’album, se distingue. Clin d’oeil évident à Pet Sounds à la toute fin.

Piste #12: Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise) (1:18)

Clôture formelle de l’album, dans une joie évidente, avec un ton plus rock’n roll. Le party est fini!

Piste #13: A Day in the Life (5:38)

Curieux, cette pièce après la fin, peut-être comme un rappel… Toujours est-il que cette plus longue pièce comporte des éléments de synthèse évidents: les paroles hallucinées de Lennon, le récit d’enfance de McCartney, l’exploration sonore, l’humour…et ce dernier accord de mi majeur, plaqué après une folle montée d’orchestre.

Pour aller plus loin

Tout d’abord, tu remarqueras que mes commentaires sur les pistes ont été relativement brefs, tout du long. Il faut dire que l’album a été analysé, digéré, disséqué et étudié dans toutes ses coutures, par exemple dans cet excellent documentaire de la BBC. Aussi, tu pourrais en savoir bien plus par cet ouvrage ou par d’autres… Ensuite, il faut ajouter que la discographie des Beatles mérite, ne serait-ce que pour son importance historique, une écoute attentive: ce groupe a fortement contribué à ce que la musique rock soit reconnue comme une forme d’art, et non simplement comme un loisir ou un prétexte à la fête. En même temps, il demeure en filigrane de l’œuvre cette désinvolture propre à la musique de jeunes. Il faut par ailleurs reconnaître et saluer l’immense talent créateur des Fab Four, en particulier le duo Lennon McCartney, ce dernier étant un mélodiste d’exception en plus d’un bassiste d’une grande originalité.

Pour mieux comprendre les Beatles, surtout de l’époque Sgt. Peppers, il faut écouter les Beach Boys: il y a un cheminement commun entre les deux icônes, une recherche de dépassement et de nouveauté. Évidemment, le tout a été induit par l’époque et les substances qu’on pouvait se procurer, mais l’énergie créatrice était déjà là. De toute manière, drogues et arts forment souvent un couple dans la création, parfois heureux (voir https://www.beauxarts.com/grand-format/quand-la-drogue-sinvite-dans-la-creation/), parfois moins, surtout quand la drogue s’associe au mal-être.

Par ailleurs, on retrouve l’influence des Beatles un peu partout dans la planète rock, encore aujourd’hui, de Cold Play à Nirvana… Aussi, je me contenterai de t’orienter du côté de l’après-Beatles, notamment les premières œuvres de Paul McCartney & Wings ou encore All Things Must Pass, de feu Georges Harrisson. Quant à John, j’aime moins son travail en solo, mais il faut reconnaître certaines pièces d’anthologie: Mind Games, Imagine…

Alors voilà, cher lecteur. Pour l’album #23, on se rapprochera du présent, avec un autre album britannique salué par la critique et produit par un groupe reconnu pour son leadeur fort et pour la diversité de ses créations. Tu verras bien!

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