Voulez-vous tu?

Il est content, le bon peuple.

Bernard Drainville, notre rigolo ménestrel et ministre de l’éducation, a enfin interdit, de sa grande baguette, le téléphone cellulaire dans toutes nos écoles. Plus encore, notre Grand Gourou caquiste imposera le vouvoiement urbi et orbi. Par ces sages décisions, découlant de surcroît d’une grande messe transpartisane, on verra enfin disparaître de nos écoles ces morbides incivilités estudiantines qui polluent la relation pédagogique depuis trop longtemps déjà. Concurremment, s’éteindront les vils actes de cybercruauté perpétrés dans nos institutions scolaires par ces élèves malfaisants et tutoyeurs, armés de leurs gourdins Tik Tok et de leurs sabres Instagram. Bientôt, nous verrons dans nos écoles naître le germe de la Politesse Universelle et de l’Interaction Bienveillante; nos élèves redécouvriront le journal imprimé, l’argumentation policée ou encore les joies de la promenade méditative. Quel beau Monde tu nous donnes, cher Bernard!

Bon. Je sais, cher lecteur, j’exagère un tantinet. Mais tout de même, je m’insurge et je t’explique, d’abord en te posant (j’utilise à escient le tutoiement car je t’aime bien) cette simple question: quelle est la responsabilité du ministre de l’éducation? Si on regarde la LIP, c’est d’abord et avant tout sur l’article 459 qu’il faut s’appuyer pour répondre à cette question: Le ministre veille à la qualité des services éducatifs dispensés par les centres de services scolaires. Découle de cette ultime responsabilité le pouvoir d’émettre des directives, de faire des recommandations, d’arbitrer des litiges ou d’intervenir directement dans certaines situations, entre autres choses. Il s’agit d’une responsabilité importante qui appelle assurément à des gestes concrets, de même qu’à une certaine humilité quant au pouvoir réel dont le ministre dispose pour faire changer les choses dans les écoles et, surtout, au plus grand respect devant les actions posées sur le terrain et qui contribuent concrètement à la mission de l’école et à la réussite de nos enfants.

On pourrait bien, d’ailleurs, croire que Bernard est légitimement préoccupé par l’impact des cellulaires dans les écoles. On pourrait aussi prétendre que notre ministre se soucie sincèrement des actes d’incivilité et du manque de respect démontré par certains élèves envers les adultes qui l’entourent. Le truc qui ne colle pas dans la décision de Bernard, c’est, tout simplement, qu’il impose des moyens: ce faisant, il court-circuite la réflexion des équipes écoles, certaines ayant déjà agi dans le sens des orientations maintenant prescrites par le ministre, d’autres ayant emprunté des chemins tout autres, au terme de démarches et de discussions qui auront donné du sens aux décisions et qui auront créé des conditions propices à l’atteinte des objectifs qu’ils avaient visés, et qu’il faut maintenant mettre aux ordures.

Bref, quand le ministre pense à la place des équipes écoles, il les infantilise. Ce faisant, il tue l’initiative locale et contribue à transformer les profs en « faiseux », des exécutants sans cervelle qui naviguent d’une paye à l’autre vers une retraite salvatrice. Plus encore, dans le cas précis des deux décisions prises à la place des écoles, Bernard choisit de se laisser guider par l’opinion des bien-pensants qu’il aura consultés, plutôt que de s’appuyer sur les nombreuses recherches qui traitent non seulement des initiatives concernant la présence des cellulaires en classe ou encore le recours au vouvoiement, mais aussi celles, plus fondamentales, qui concernent les initiatives transformationnelles en milieu scolaire. S’il s’était appuyé sur les pratiques probantes issues de la recherche, il aurait agit bien autrement.

Allez, cher Bernard, comme je veux bien croire, malgré tout, que tu es davantage interpellé par le soutien aux écoles que par ta cote de popularité, je vais t’aider un peu. Voilà comment j’aborderais la prochaine bonne idée que tu voudrais transformer en initiative nationale: tout d’abord, tu demandes à quelqu’un de ton équipe de faire un tour du côté des recherches qui concerne ta bonne idée. Il te préparera un rapport qui te présentera l’état des lieux quant à la situation dans les écoles, de même que relativement à la recherche, ici comme ailleurs dans le monde, sur ce sujet. Au terme de l’exercice, si ton truc semble encore intéressant, tu pourrais demander que ce rapport devienne un document de réflexion à l’intention des écoles. Tu pourrais même, si ton idée de génie te tient vraiment à cœur, demander aux écoles de documenter leurs réflexions et leurs actions quant à cette problématique et d’en faire un objet de reddition de compte annuel. Cela t’aidera à baliser les ressources que tu devras déployer dans les écoles en fonction du soutien dont elles auront besoin pour que leurs initiatives puissent mener aux résultats escomptés.

Ben oui, cher Bernard, c’est comme ça qu’un ministre qui souhaite soutenir ses écoles agit… Toi, tu te comportes comme un mauvais directeur d’école: tu sais, le genre qui croit tout connaître et qui n’écoute pas ses profs, celui qui fait à sa tête sous prétexte que c’est lui, le leadeur pédagogique. Tant que tu ne comprendras pas comment véritablement soutenir la réussite des élèves sous ta responsabilité, tu ne feras rien qui vaille. À ta décharge, ça fait un maudit bout qu’on a pas eu un ministre qui ne voulait pas davantage laisser sa marque par une initiative qui porterait son nom plutôt que d’agir en soutien au système scolaire dont le véritable moteur est dans les écoles.

Mais ça, ce n’est pas une excuse.

Allez, Bernard, un peu de courage, un peu d’humilité …

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