6 ans plus tard: fin de retraite!

Il y a un peu plus de six ans, je t’exposais, par un premier article sur ce blogue, ma volonté de mettre en mots les derniers moments de ma vie d’actif. Depuis, j’ai soliloqué sur pleins de trucs: la retraite, évidemment, mais aussi la politique, la Covid, mon escogriffe de chien, la musique que j’aime, mes jardins extérieurs et intérieurs; bref, je t’ai causé sur la vie mon vieux, avec comme prétexte que j’avais du temps pour ça et avec la prétention que ça pourrait peut-être t’intéresser.

Faut que je te dise, maintenant que ma retraite est assez vieille pour aller à l’école toute seule, que la mise à mort de ma vie d’actif a été laborieuse. Je précise ici, tu le sais probablement déjà, que je ne fais pas partie des gens dont la vie est un long fleuve tranquille et qui atterrissent à la retraite après un chemin bien droit; ils s’y installent alors comme dans une pantoufle chaude, tricotée à la taille précise de leurs petits petons. De temps en temps, il m’arrive de les envier, ceux-là! Je ne suis pas, non plus, un glorieux, tu sais ceux qui tirent leur révérence au terme d’une carrière dont ils ont atteint le faîte et qui pourront dorénavant s’accomplir, maintenant qu’ils sont libérés de leur lien d’emploi permanent, comme mentor, personne ressource ou consultant, quelque part où leur expertise reconnue sera exploitée à prix d’or. Il n’y en a pas des masses, d’ailleurs, des comme ça: une bonne part des plus ou moins haut placés au sein d’une organisation arriveront, comme moi, à une étape de leur cheminement professionnel où on souhaitera autre chose: ils plafonneront, ou encore ils seront mis au rancart, tablettés ou affectés à des mandats certes intéressants mais loin de leur expertise, avec une tape dans le dos et quelques bons mots avant qu’on les laisse s’étioler professionnellement puis personnellement. On dira d’eux, pas toujours discrètement, qu’ils auront atteint leur seuil d’incompétence; on prétendra aussi qu’ils n’ont pas su évoluer avec leur organisation ou encore on soulignera qu’ils représentent davantage le passé de leur institution que son avenir. Triste, n’est-ce pas?

Sèche tes larmes, cher lecteur, les cadres supérieurs disposent généralement de conditions de travail qui permettent des fins de carrière plus qu’adéquatement rémunérées; en outre, on offre généralement à ceux qu’on veut voir partir des portes de sortie bien dorées, portes qu’ils n’ont par ailleurs volées à personne puisqu’ils ont contribué largement à leur financement via une ponction généreuse à chacun de leurs chèques de paye, toute leur vie d’employé durant. Tout de même, pour plusieurs cadres, et c’est mon cas, la prise de retraite se fait au terme d’un processus émaillé par des revers de fortune et des échecs professionnels, de même qu’elle est souvent accompagnée d’un vif sentiment de perte. Tiens, ça fait bientôt six années que j’ai quitté mon employeur et les mots que j’écris ici trahissent encore mon amertume, c’est dire!

Nonobstant ces revers de fortune de fin de carrière, qui ne sont pas d’ailleurs le propre des cadres, quitter le monde des actifs implique le défi d’être autre chose que sa job. À cet égard, il y a des facteurs de protection qui méritent d’être connus bien avant d’être kick out (dirait ma progéniture) du monde des travailleurs. D’abord, la famille: notre partenaire de vie, nos enfants et la famille élargie, selon les disponibilités des uns et des autres; ensuite nos amis en dehors de la job, les grands comme les bonnes connaissances, jusqu’aux amis FB; il y a enfin des trucs en soi qui peuvent nous aider avec le deuil de notre écosystème professionnel: les passions qui nous habitent, les sports qu’on pratique, les passe-temps qui nous occupent.

Pourtant, même si tous ces facteurs sont présents, le passage à la vie de retraité peut être réellement éprouvant. À cet égard, plusieurs études indiquent qu’un état dépressif existerait chez 28% des retraités, presque un sur trois. Je ne sais pas trop si je figure parmi ces 28%, mais je sais que mon chemin vers un autre équilibre a été rocailleux, même si j’avais une famille aimante et plein d’autres richesses en moi. Entre autres choses, j’ai fini par réaliser que mon emploi était si fortement associé à mon besoin d’être utile que mes autres fonctions dans ce bas monde ne suffisaient pas à combler ce besoin; du moins, pas pour le moment. Après cinq années de retraite, j’en étais arrivé à la conclusion que je devais me trouver quelque chose à faire où je pourrais répondre à ce besoin, quelque chose qui, idéalement, se rapporterait un tant soit peu à mes compétences et à mes expériences.

C’est pourquoi l’an passé, j’ai postulé sur un job de brigadier scolaire suppléant. Je me disais que la chose allait me distraire, que le salaire allait bonifier le financement de mes escapades avec ma douce, et que mon gros Léo allait profiter de mes absences ponctuelles pour travailler sur sa dépendance affective. En outre, j’allais pouvoir me reconnecter avec un monde qui me manquait, celui des écoles. Comme on a accepté ma candidature, je suis maintenant astreint à une certaine routine: lever tôt, tour de spa, déjeuner et, hop, au boulot! Surtout, le travail de brigadier permet de mettre à profit des compétences que je me reconnais et qui avaient besoin d’être exprimées à l’air libre: ma gentillesse (eh, oui, je suis un monsieur gentil, moi), mon humour, mon sens des responsabilités. En prime, j’ai maintenant une nouvelle gang, des filles à 95% comme dans le temps où je travaillais dans les écoles, avec qui je déjeune une fois par mois, pour le plaisir du placotage ou, mieux encore, du partage d’idées. Il y a, enfin, des gens que je ne connais pas mais qui me reconnaissent, qui me saluent en souriant et qui, parfois, s’arrêtent et m’abordent, le temps d’exprimer leur appréciation à mon égard.

Et tu sais quoi? Ça me manquait.

Bref, cher lecteur, si tu m’as suivi jusqu’ici, tu sais maintenant que le monde des actifs n’a pas encore dit son dernier mot en moi. Tant mieux, tant pis, peu importe. Toujours est-il que si tu considères la retraite, à court ou à long terme, je t’invite à faire un grand tour de ton jardin intérieur pour t’y préparer. Il y a plein de trucs sur le web à ce sujet, et peut-être aussi que ton employeur dispose de ressources à te proposer pour t’aider à réussir ta transition dans le monde des extravailleurs.

Tiens, je t’en propose quelques-unes:

  • Navigating depression after retirement: c’est an anglais, mais tu peux traduire la page via ton navigateur ou exercer ton bilinguisme! L’article comporte des suggestions pour la démarche d’introspection qui devrait préfigurer ton grand départ.
  • Se préparer mentalement à la retraite: même si c’est un truc assez simple publié par la Fadoq et préparé par Beneva (qui ne veut pas financer tes antidépresseurs, on les comprend), il s’agit d’une bonne synthèse des enjeux liées à ta prise de retraite.

Aussi, il y a les cours de préparation à la retraite – en ligne, offerts par ton employeur ou en présentiel. Perso, je levais le nez sur ces cours, trop psychopop à mon goût de snobinard, mais j’y suis allé tout de même et je découvre maintenant que certains des trucs que j’y avais appris m’aident encore, six ans plus tard. Il y a aussi des bouquins, des guides pratiques… fouille, tu verras, mais, surtout, ne pense pas que ces guides, cours ou trucs ne sont pas pour toi!

Allez, je t’embrasse. Je dois te laisser, je travaille tantôt. C’est ma dernière journée de travail avant mes premières vacances!

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