Couper… 2 de x: Le cas Carney

Salut lecteur! ça gaze? Perso, ça va très bien, quoique l’actualité m’accable comme une trop chaude journée d’été. Difficile, en effet, de rester focus alors que l’Amérique, du moins son Grand Patron, perd la carte et que tous les enjeux que nous devons confronter semblent s’articuler autour de positions antagonistes, sur fond de peur ou de rage, selon le pôle qui nous attire le plus. Bref, ça sent la putain de guerre et, je t’avoue, ça me tarabuste un tantinet.

En cette période trouble pour notre Plusse Beau Pays du Monde, nous avons installé à Ottawa un banquier, réputé par ailleurs, avec l’intention de nous protéger de tout ça, en particulier de notre voisin à la tronche orangée, et peut-être un peu avec l’espoir que l’homme saura nous remettre sur le piton en tant que pays, avec ce mélange de rigueur, de sobriété et de froide analyse qu’on reconnait aux seuls banquiers. D’emblée, l’homme avait annoncé ses couleurs, nous éduquant sur le fait qu’il fallait distinguer dans notre dette collective ce qui découlait d’investissements (les bonnes dettes), de ce qui découlait d’opérations courantes non financées (les mauvaises dettes). Aussi, grâce à ces distinctions, il pouvait promettre des dépenses massives pour rehausser notre beau Canada dans tous ses coins flétris, tout en annonçant un retour à l’équilibre pour ce qui concerne les dépenses liées au fonctionnement de l’État. Ça, bon peuple qui a applaudi à la proposition, ce sont des coupures à la pelle dans la fonction publique qu’il annonce, le mec Carney…

Eh oui, des coupures, encore… tout comme celles que notre pote Legault annonçait, il y a quelques jours, en éducation, malgré ses beaux discours de 2019. Au demeurant, d’aucuns, peut-être même toi, réclament cette rationalisation de l’État pour juguler l’explosion des coûts liés au transport collectif, pour redonner de l’air aux services directs en santé ou encore pour diminuer les coûts pour la gestion des chantiers de toutes natures. Bref, cher ami lecteur, la population (toi et moi) exige un holà sur les dépenses de son État, tout en réclamant, à hauts cris, que tous les services qu’il requiert pour son bonheur soient maintenus, voire bonifiés. Le beurre et l’argent du beurre, comme qu’on dit, telle est la volonté habituelle du citoyen voteur.

On verra bien ce que Mark va nous pondre, mais soit assuré, cher lecteur, qu’il y aura quelque part dans le cheminement de notre nouveau PM une phase de rationalisation, probablement sévère, des effectifs de la fonction publique canadienne. Pourquoi? Simplement parce le type ne tricotte pas de l’argent, tout banquier puisse-t-il avoir été! D’une part il promet, et fort probablement que c’est une bonne chose, des investissements massifs dans nos infrastructures: pipelines, équipements militaires, maisons, routes, pylônes et autres projets d’intérêt national, comme il dit. Ce faisant, il étire sa marge de crédit et il génère des dépenses supplémentaires en intérêts à payer sur ce crédit. D’autre part, il vise un budget d’opérations à l’équilibre. Or, le paiement des intérêts sur la dette nationale figure parmi les dépenses du budget d’opérations, un peu comme le paiement d’une hypothèque figure dans le budget d’un proprio, ce qui complique diablement cette recherche d’équilibre. Tu me suis?

Pour arriver à cet équilibre budgétaire, cher lecteur, il n’y aura que ces deux options pour notre bon ami Carney:

  1. Augmenter les revenus. Ça, ça se fait de deux ou trois manières. D’abord, on peut augmenter les taxes et les impôts. Généralement, tu n’aimes pas ça; aussi, les politiciens qui souhaitent se faire réélire évitent d’aller trop fort de ce côté. En outre, n’élever que les impôts des plus riches, idée qui pourrait nous plaire pour autant que nous ne figurions pas dans le palmarès des ultrariches, comporte des risques significatifs, tels la fuite de capitaux vers des pays plus aimables fiscalement. Même les Beatles, tout proto-hippie aient-ils pu se prétendre, ont fui l’Angleterre travailliste because des impôts importants sur les grandes fortunes, alors… On peut aussi accroître le PIB, ce qui génèrerait automatiquement, par la voie des impôts et des taxes, des revenus supplémentaires pour l’État. Mais ça, c’est plus facile à dire qu’à faire, particulièrement quand ton voisin du Sud te tire des roches tarifaires ou quand l’augmentation de ton PIB requiert de grasses subventions à tes copains entrepreneurs, pour éviter qu’ils investissent ailleurs.
  2. Diminuer les dépenses. Encore une fois, il n’y a pas 36 manières de faire. Il faut diminuer la quantité ou la qualité des services gouvernementaux, automatiser des trucs (ça, encore, ça requiert des dépenses initiales) et, ultimement, fermer des bureaux, se départir de bâtisses ou d’actifs devenus inutiles et mettre des fonctionnaires à la porte.

Il n’est pas con, ce Carney: il sait certainement tout ça. Malgré tout, pour faire réélire les Liberals, ce qui était considéré il n’y a pas si longtemps comme une impossibilité mathématique, il a titillé ces deux mamelles de l’économie: celle à gauche, qui promet des dépenses tant attendues par le bon peuple pour créer des jobs, des maisons, des routes et des ponts, et cette de droite, espérée par les plus conservateurs d’entre nous, qui promet de mettre fin au gaspillage, au red tape et à la lourdeur de la bureaucratie fédérale. Il a réussi à se faire élire et on lui souhaite bonne chance, bien sûr, mais il faudra quand même qu’on jase un peu, quand le temps sera venu de passer à l’acte. On devrait notamment se parler de la nature des investissements à faire, se questionner sur les priorités et les conséquences des choix qu’on fera. Tiens, pour les trucs militaires, on achètera quoi, de qui, avec quels amis, avec quelle intention? Comment, aussi, tient-on compte de la déplétion des actifs de notre chère planète, sur laquelle on aimerait bien pouvoir poursuivre sans cramer notre œuvre collective, du moins pour quelques générations encore.

Bon, je sais, je m’éloigne du propos principal de ce microtraité; aussi, je laisse tomber pour le moment.

On devrait certainement se parler, aussi, des coupures, car il y en aura, je t’assure, et pas des petites. Ce ne sera pas une discussion facile, parce que là, on parlera de vraies personnes qui perdront leur job, des papas, des mamans, des gens avec des vraies vies à vivre, ou encore des fonctionnaires en fin de carrière qui croyaient leur chemin tout tracé vers une retraite tranquille et qu’on enverra supplanter des plus jeunes, pour le plus grand malheur des protagonistes de ce mouvement forcé. Il y aura aussi d’autres vraies personnes qui ne recevront plus les services qu’hier encore, on jugeait nécessaires à leur intégration sociale ou à leur santé. Y’a rien de plus concret que la perte: tous les gens qui font des coupures devraient en être éminemment conscients.

On fait ça comment, alors, chers amis Carney ou Legault, pour couper, puisque la chose devient nécessaire, sans tout casser et sans s’attirer l’opprobre du peuple qui, après tout, pourrait disposer de toi comme de sa dernière chaussette dès la prochaine élection venue?

On verra ça dans une troisième chronique, probablement en août. D’ici là, j’ai des vacances à occuper!

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