Salut lecteur! Long time no see, je sais, mais la vie, c’est comme ça. On s’aime bien, mais il y a autre chose qui nous occupe et bientôt, on se néglige, on s’omet… mais on ne s’oublie pas! Du moins moi, je pense à toi tous les jours, espérant que tu m’espères encore. J’en profite par ailleurs pour te souhaiter une excellente année 2026, pleine de lumière, denrée rare en ces temps obscurcis par la bêtise.
Trêve de flagornerie, je le dis d’emblée, tu seras décu.e. Eh non, il n’y aura pas de recette infaillible. Tu vois, je n’ai pas la prétention de tout savoir. De surcroit, comme je ne suis pas politicien, je n’ai pas à faire semblant d’avoir raison. Tout de même, ce qui suit comporte à mon humble avis quelques éléments qui ne sont pas dénués de sens et qui pourraient être repris, sait on jamais, par un gouvernement qui oserait ajouter un plan de match cohérent pour l’éducation dans son programme électoral.
Des principes directeurs
Pour commencer, quelques grands principes qui sauront guider le glaive par lequel nous couperons: d’abord, nous devons absolument préserver la qualité des services directs aux élèves dans nos écoles et, plus encore, préserver la capacité du système à progresser, à réguler ses pratiques et à en développer de nouvelles, à la lumière de l’évolution des sciences de l’éducation, et de la société en général. Il faut le dire ici, notre système scolaire n’est pas le pire des systèmes sur notre chère planète, loin s’en faut, du moins quand on le regarde sous la lorgnette des résultats scolaires.
On pourrait faire mieux, je sais, mais il importe vraiment, comme résultante d’une démarche de révision de système, que nous ne fassions pas pire!
Ensuite, nous devons absolument reconnaître la perspective des acteurs les plus près de l’action éducative, à savoir, évidemment, le personnel enseignant, les directions des établissements et le personnel des services éducatifs complémentaires déployé dans les écoles (professionnels, techniciens et personnel de soutien). Bref, la proposition à laquelle nous aboutirons devra rallier le staff des écoles, même si elle comporte au global des coupures. L’action éducative appartient aux acteurs de l’école: tous les autres sont là pour soutenir leur action avant tout, mais leur présence doit être subordonnée à ce qui se passe concrètement dans les écoles.
Le troisième et dernier principe à respecter découle des deux premiers: aucune censure ne sera permise dans la réflexion. Tout doit être considéré: structure de gestion du système, régime pédagogique, LIP, rapport avec le municipal ou le communautaire, démocratie scolaire, programmation, tout, pour autant que les propositions et les idées respectent l’intention fondamentale de l’exercice: couper!
Tu l’avais oublié, n’est-ce pas? Il faut couper, sinon, à quoi bon brasser la cage systémique de l’éducation? Relis les textes 1, 2 et 3 de cette chronique, si tu n’en es pas certain.
Des propositions
Je te le répète, je ne prétends en rien connaître les solutions miracles à proposer. Je peux tout de même, en toute humilité et considérant mes quelques années d’expérience au sein du système scolaire, pointer un certain nombre de choses que j’aimerais voir changées… alors voilà:
- Proposition #1:
Redonner aux écoles la plus grande part des responsabilités dévolues actuellement aux commissions scolaires
Je propose ainsi que l’école devienne une instance au sens légal. C’est elle qui donnerait les contrats, qui choisirait ses fournisseurs pour la vaste majorité des services qu’elle requiert, qui serait entièrement imputable de ses décisions et du respect des encadrements légaux qui concernent son fonctionnement. Finies, les supposées économies d’échelle! Pourquoi? Choix locaux arrimés aux besoins, contrats plus simples, plus souples, possibilité de s’adresser aux ressources locales directement, moins de fling flang dans les commandes centralisées…
- Proposition #2:
Décentraliser les budgets vers les écoles pour l’ensemble de ses activités
Si l’école est entièrement responsable de son fonctionnement, elle devrait disposer dans son budget de tous les fonds nécessaires pour fonctionner. Plus encore, l’école devrait être responsable de ses surplus et de ses déficits. Pourquoi? Pour renforcer l’imputabilité locale, pour donner du sens à une gestion responsable arrimée sur une vision de l’école. - Proposition #3:
Munir les écoles d’une structure de gestion autonome
Évidemment, une direction d’établissement, telle que définie dans la structure actuelle, tomberait au combat devant tant de responsabilités. Aussi, chaque école devrait être munie d’une équipe de direction, comportant une direction pédagogique de même qu’une direction administrative, dont les qualifications s’accordent à leurs responsabilités. Pourquoi? Pour que le leadership pédagogique puisse s’exercer véritablement et qu’un leadership administratif local puisse émerger et être exercé par des gens compétents et formés à cet effet; de même que pour favoriser un dialogue de gestion dans l’école.
- Proposition #4:
Repenser la dotation du personnel pédagogique
Actuellement, chaque commission scolaire est un employeur en compétition avec ses voisins pour l’embauche de ses ressources humaines. Pour le personne pédagogique, il s’agit selon moi d’une aberration, d’autant plus que les fournisseurs de main d’œuvre qualifiée (CPF, cégeps, universités) sont rattachés au système scolaire. Pour ce qui concerne, donc, le personnel pédagogique, l’activité de recrutement et de dotation des postes devrait être conduite centralement ou, du moins, à partir d’un portrait centralisé des besoins. Je comprends que la proposition comporte des contraintes, surtout pour l’affectation du personnel en début de carrière, mais je crois que globalement, il y aurait des économies importantes à faire de ce côté de même que des gains fonctionnels, surtout en dehors des grands centres. - Proposition #5:
Questionner l’accompagnement pédagogique des écoles
Je le disais tantôt, il faut que les écoles bénéficient d’un accompagnement qui leur permette de questionner et de faire progresser leurs pratiques. Pour cela, il y a actuellement les universités, les services pédagogiques au sein des centres de services, le ministère et ses multiples tentacules, le privé… tous des gens de bonnes intentions, certes, mais qui se dupliquent, se compétitionnent, se contredisent, se superposent et, parfois, perdent le contact avec l’essence de ce qu’est l’acte éducatif dans une école, surtout lorsqu’ils travaillent davantage pour la réalisation des planifications stratégiques que pour la réussite des enfants dans les classes. Alors voilà, j’invite une réflexion qui s’articulerait comme suit: comment peut-on fournir, au moindre coût possible, une architecture d’accompagnement pédagogique qui répondrait aux besoins exprimés par chaque école et qui serait soucieuse du développement d’une pratique pédagogique adaptée? - Proposition #6:
Questionner les grands encadrements pédagogiques
Cher lecteur, j’entends ici questionner tout ce qui balise le système et ses actions pédagogiques: le régime pédagogique, la politique d’adaptation scolaire, le programme d’études, la LIP et tous les autres micro-encadrements et directives ministérielles… Pour ce faire, je me contenterai de quelques questions, applicables à tous les ordres d’enseignement, et je te laisse en tricoter d’autres:
- Peut-on aménager différemment le vécu des classes pour augmenter le ratio maître élève sans impacter la qualité de l’enseignement?
- Peut-on faire le ménage des contenus enseignés sans impacter la qualité de la formation générale?
- Peut-on diminuer la charge liée à l’évaluation formelle des apprentissages?
- Peut-on concentrer les expertises dans moins de lieux de développement et de diffusion?
- Proposition #7:
Questionner la démocratie scolaire
Quand l’ami Roberge a choisi de transformer les commissions scolaires en centres de services, il a, dans les faits, décapité l’organigramme de la démocratie scolaire. On peut saluer la décision ou non, perso je n’ai pas grand chose de bien ou de mal à en dire, sauf que d’aucuns se posaient déjà la question, à l’époque, et se la posent encore, de la pertinence des conseils d’établissements tels qu’ils fonctionnent actuellement. Si tu veux mon avis, ces trucs ne servent à rien, sauf exception. Faudrait revoir, pour le moins, comment les parents peuvent contribuer positivement à la communauté éducative de l’école.
- Proposition #8:
Questionner les encadrements administratifs
En décentralisant les pouvoirs et les responsabilités vers les écoles, la question doit être posée: a-t-on encore besoin des services des ressources matérielles, des TI, de l’organisation scolaire, des RH? Faudrait voir. Encore une fois, il faudrait que les services qui subsisteraient au grand ménage soient optimisés, agissent pour le plus grand nombre et non en silo, et soient guidés par les besoins dictés par les écoles et non par des objectifs visant leur propre développement.
- Proposition #8:
Dépolitiser le ministère de l’éducation
À l’époque du rapport Parent, on a cru faire un bon coup en créant le Ministère de l’éducation. Ouais, je veux bien. Cependant, au cours des trente dernières années, nos valeureux ministres ont utilisé, peut-être avec toutes les meilleures intentions du monde mais tout de même, leur pouvoir davantage pour faire valoir leur vision du système scolaire que pour soutenir les écoles. Or, je persiste et je signe: la vision de l’école doit appartenir à l’école. Le ministre doit d’abord allouer les ressources, puis voir à la régulation du système scolaire, en intervenant le moins possible sur la gestion des écoles. Faudrait réfléchir à comment on ferait ça…
Alors voilà, cher lecteur, j’y suis allé sans me censurer. Peut-être que j’ai dit quelques bêtises, peut-être que tu me trouves radical ou idéaliste, ou encore un peu fou. Je te répondrai que ça ne m’importe pas tant. L’important, c’est la réflexion. Au demeurant, peut-être qu’au terme des travaux que nous aurons planifiés ensemble, nous réaliserons que les coupures sont impossibles et qu’en réalité, l’on doit financer davantage l’éducation au Québec. Alors là, on aurait des foutus choix à faire… Mais je suis confiant, tu sais, on y arrivera!
Allez, je t’embrasse, et mon prochain sujet sera moins lourd, je te promets! Tiens, peut-être te donnerais-je des nouvelles de mon pote Léo et de sa bromance avec Le Chat. Ça, tu aimerais…