Album du vendredi #24

Artiste :Premiata Forneria Marconi (PFM)
Album: Storia di un Minuto
Année: 1972

Nous voici maintenant de retour en l’an de grâce 1972, année phare de la musique rock qu’on dit progressive, mais aussi année de Watergate, du Front Commun ou encore des Jeux Olympiques de Munich. Références de vieux, je sais, mais peu importe, nous y sommes, avec ce groupe italien alors à ses premières années, figure de proue du mouvement prog italien. Ah oui, il y a bel et bien un mouvement prog italien, et il est fort! Plus lyrique que son homologue britannique, plus près de ses racines classiques, mais tout autant imprégné de folk, de jazz ou encore stimulé par les développements dans l’instrumentation, notamment les synthés et cet omniprésent Mellotron.

La boulangerie primée Marconi, car c’est la signification du nom du band (ils sont fous, ces italiens) commettra plus d’une vingtaine d’albums studio depuis 1969, parfois chantés en italien, comme c’est le cas pour l’album présenté, parfois en anglais. Perso, je préfère le chant italien, moins émaillé par l’accent. Le groupe aura connu une évolution similaire à celle de Genesis, ses premiers albums lui permettant un succès d’estime alors qu’à partir de la fin des années 70, des produits plus accessibles lui procureront une place de choix dans les palmarès. On en reparlera.

Place à la chose, donc, premier album de PFM piste par piste:

Piste #1: Introduzione (1:11)

En une minute, on s’installe dans l’univers de PFM: mellotron, vocalises, guitare 12 cordes, très « Harmonium », et puis un passage rythmiquement complexe, batterie, basse et guitare. Nous sommes prêts.

Piste #2: Impressioni di Settembre (5:45)

Les 30 premières secondes sont voix guitare, tout en douceur; s’ajouteront basse, claviers et flute pour compléter la minute, puis on monte en intensité jusqu’à ce qu’un roulement de timbale nous mène au thème principal de la pièce, à grand déploiement, minimoog à l’avant-plan, très orchestral. On revient bientôt à la mélodie de départ, chantée sur fond de guitare, mais c’est plus volontaire. Déjà, la batterie nous avertit qu’il y aura une montée (vers 2:10). Bref retour au calme, puis ce thème majestueux qui revient, deux fois plutôt qu’une. À 3:50, on diverge vers quelque chose de très folk, qui retransitionne vers cette atmosphère très « cinquième saison » du début. Atterrissage en douceur.

Piste #3: E’ Festa (4:54)

Brève intro piano guitare, puis une farandole musclée, très rock, mais la structure demeure teintée de baroque. C’est cette couleur si caractéristique du rock italien qui s’exprime dans cette pièce, par ailleurs un des seuls succès commerciaux nord-américains, du moins pour la chanson dans sa version anglaise (voir ici) . On a même droit, à 2:03, à un petit bout à la Figaro, voix opératiques caricaturales. C’est plein de bonne humeur, en plus d’être riche dans la forme, comme on l’entend dès 3:00, dans une section qui sera coupée pour la version anglaise, plus adaptée à la radio. Finale musclée à partir de 4:20, finale en timbales. Efficace à souhait.

Piste #4: Dove Quando (Parte 1) (4:10)

On est ailleurs, dans quelques chose de très romantique, tout en douceur, pastoral. L’ornementation à la guitare classique est très joli. Une belle pause dans le tumulte de cet excellent album.

Piste #5: Dove Quando (Parte 2) (6:01)

En entrée, le thème de la première partie est repris à l’orgue, adjoint d’un violon à la sonorité tzigane, lesquels nous amènent à une partition au piano seul, puis pour orchestre rock: on est autour de Yes pour la complexité et la maestria requise. Vers 1:50, on transitionne via Mellotron vers un passage très classique, piano et violon (alto, peut-être) œuvrant sur une mélodie tristounette. Autre changement vers 3:30, un synthé se glisse dans la mélodie pour permettre l’enchainement vers une section résolument jazz, piano, batterie et basse bientôt accompagnés d’une flute traversière, puis de la guitare et des claviers, assemblés dans un bel exercice que n’aurait pas nié Focus. On termine par un fade out et une progression qui annonce la prochaine pièce.

Piste #6: La Carrozza di Hans (6:47)

Effectivement, la progression énoncée constituera le squelette de la première section de cette piste, progression énigmatique par ailleurs qui nous mènera très bientôt à un passage plus doux, presque folk. L’orchestration est riche, les instruments sont dans la mouvance prog de première génération: guitare acoustique, piano, percussions discrètes, basse, même un peu de vibraphone. Vers 2:20, ce sont les guitares, acoustiques et classiques, qui prennent le relais, pour un très joli passage, jusqu’à 4:40. La guitare devient alors rythmique, s’adjoint des percussions, pour qu’on puisse retourner dans un passage plus dense, encore jazzé, mené au violon, qui annoncera bientôt le retour du thème initial, dans un crescendo et une déconstruction qui se terminera étrangement au Mellotron.

Piste #7: Grazzie Davvero (5:54)

On revient au calme pour cette dernière piste, formule Genesis: harmonies vocales sur guitares acoustiques. Avant la fin de la deuxième minute, un éclat musical nous transpose dans quelque chose de Fellinien par le ton mi comique, mi dramatique. Vers 3:40, une flute traversière, en solo, nous lance dans autre chose? Mais non, on revient vite dans ce ton si particulier, jusqu’au retour de la mélodie initiale, sur laquelle l’orchestre s’adjoint, fusionnant les deux styles distincts de la pièce. La pièce se termine par un fade-in / fade out d’une section menée à la guitare 12 cordes, comme s’il y avait une autre section qui aurait été amputée… rare faux pas, peut-être? Peu importe, on a beaucoup aimé! Merci beaucoup (c’est le titre de la pièce, pour ceux qui s’en tirent en italien).

Pour aller plus loin

La discographie de PFM comporte plusieurs perles, dont ceux ci, que j’aurais bien pu choisir pour l’exercice des albums du vendredi: Per Un Amico, leur deuxième album en italien, de même que leur troisième L’Isola Di Niente, ou encore leurs trois premiers albums chantés en anglais: Photos of Ghosts (fusion des deux premiers albums italiens, avec réarrangements), The World Became The World (reprise en anglais de leur troisième album) puis le magistral mais plus hermétique Chocolate Kings, premier album et un des seuls de PFM produit uniquement en anglais. Les albums subséquents, et il y en a des masses, sont d’un intérêt inégal: la virtuosité est une constante, mais la qualité des compositions varie selon, disons, l’intention commerciale. Il y aura tout de même des trucs intéressants à y pêcher, surtout dans les albums les plus récents, qui dénotent une volonté de retour à la source prog.

Pendant que la porte italienne est ouverte, le mélomane que tu es aura intérêt à te pencher sur ces œuvres et ces artistes:

  • Tilt, de Arti & Mestieri
  • Contamination, de RDM (introuvable, mais on peut se contenter de sa reprise, live, en 2020)
  • Darwin, par Banco Del Mutuo Soccorso
  • Felona e Sorona, de Le Orme

Alors voilà, cher lecteur, on se reverra bientôt pour le vingt-cinquième album du vendredi. On retournera en Amérique, pour un album tout de même assez récent, mais dont la production se sera étirée sur près de quarante années. Intrigué.e? Tant mieux!

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