Fuir les voyous

Tu vas encore penser que j’exagère, ou que je pellette des nuages, mais, que veux tu, je préfère regarder la réalité en face… Quand notre voiture file tout droit vers un mur, on peut toujours se réconforter en s’extasiant sur la qualité du moteur; on peut aussi essayer de tourner! Bref…

Par une mondialisation à tout cran de nos relations commerciales, justifiée par la recherche du plus bas cout possible pour nos biens et nos services, nous avons créé des liens de dépendance avec des voisins pour le moins peu fréquentables. C’est ainsi que la plus grande part de nos outils électroniques sont fabriqués en Chine, là où les couts de production sont insignifiants, tant et si bien que nous sommes maintenant incapables de pondre un simple téléphone intelligent sans une contribution majoritaire de fournisseurs chinois, pour les pièces comme pour leur assemblage. On sait pourtant, entre autres faits, que la Chine traite ses minorités d’une manière que d’aucuns qualifient de génocidaire (voir cet article paru l’an dernier dans La Presse). La répression des Ouïghours n’est qu’un des exemple des exactions de cet état voyou envers sa population. On a tous entendu parlé, par ailleurs, des conditions de travail des employés de Foxconn (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Foxconn). Deux petits exemples pour une mer de gestes inqualifiables qui ne peuvent être excusés.

Il y a aussi notre copain Poutine… on s’étonne bêtement des liens de dépendance entre l’Europe et la Russie quant au gaz naturel; pourtant, les ententes ont été conclues de longue date, et l’Union européenne n’a fait aucun effort concret pour diversifier ses sources d’approvisionnement: un bon deal ne se refuse pas… Également, on s’indigne devant la sauvagerie avec laquelle Poutine s’attaque à la population Ukrainienne. Pourtant, il y a eu l’Afghanistan, la Crimée, le Centrafrique et tout plein de conflits au cours desquels la Russie a trempé, directement ou par l’entremise de mercenaires ou d’organisations plus ou moins formellement associées au Kremlin (voir le Groupe Wagner). Dans tous ces conflits, comme dans la gestion de ses affaires internes, Poutine a clairement fait état de sa nature profonde. On savait tout ça.

Si la Chine et la Russie peuvent clairement être désignés en tant qu’états voyous, plusieurs autres pays adoptent des comportement qu’on pourrait qualifier, minimalement, de répréhensibles. Nous-mêmes, du Canada, traitons honteusement nos premières nations, faut-il le rappeler. On pourrait également dire tout plein de choses plus ou moins gentilles mais tout de mêmes incontestables à propos d’Israël, de l’Inde et de plusieurs états africains ou du Moyen-Orient; ah, oui, j’oubliais nos principaux partenaires commerciaux, les États-Unis… Pourtant, le commerce international est libre d’entraves, à quelques exceptions près. Le capital circule comme comme l’eau des ruisseaux vers l’océan et rien ne régule le comportement de nos partenaires commerciaux. La plupart du temps, on se comporte comme si ce n’était pas de nos ognons. Lorsque la fille violée par un soldat est notre sœur, lorsque le génocide s’exerce sur la famille de notre père ou encore lorsque la répression vise notre peuple et que c’est notre enfant qui meurt de faim, on penserait peut-être différemment. Pourtant, les Ukrainiens, les Ouïghours et les autres qu’on massacre pour des motifs idéologiques, ne sont-ils pas nos frères et nos soeurs?

C’est de ça dont on parle. De rien d’autre.

C’est un peu la même chose pour le réchauffement climatique et pour la déplétion des ressources naturelles de notre planète: on préfère ignorer ce qu’on sait. On veut des grosses autos performantes alors qu’une microvoiture serait suffisante pour 95% de nos déplacements. On veut payer moins de 10$ pour un t-shirt qu’on jettera si une couture lâche; pour satisfaire ce besoin, il faut faire travailler des enfants ou des membres d’une caste inférieure à des conditions qu’on n’accepterait pas pour nos animaux de compagnie, loin loin d’ici. Il faut ensuite mettre ce t-shirt qui ne vaut pas un dollar dans un immense bateau, avec des milliards de ses semblables, pour qu’il finisse par se rendre par lui-même à notre porte. On pourrait, pourtant, utiliser une matière première produite localement, la tisser et la teindre et façon écoresponsable et l’acheter d’une boutique du coin, quitte à prendre une marche ou un vélo pour s’y rendre, ou encore emprunter une microvoiture disponible pour notre communauté. On paierait ce t-shirt de première qualité, fabriqué par du personnel bien rémunéré dans des conditions sécuritaires, une bonne cinquantaine de dollars. On pourrait le réparer s’il se brise, ce qui arrivera moins rapidement, et même le teindre si on est tanné de sa couleur; mieux encore, il y aurait des petits commerces dans notre communauté pour nous aider à ces tâches.

Tu as vu, j’ai dit « nous » tout du long … Je dis bien « nous », parce que si toi et moi n’avons pas participé aux décisions qui ont mené au bordel global qui met à mal notre planète et qui menace notre sécurité, c’est tout de même nous qui avons créé, par nos habitudes de consommation, la pression qui s’est exercée sur les producteurs de biens et de services pour en arriver au plus bas cout possible pour des produits toujours plus attractifs. C’est également nous qui avons incité les divers gouvernements à créer les conditions d’un marché mondialisé, libre d’entraves commerciales. Les types du département marketing nous ont certes donné un petit coup de main, mais, globalement, c’est nos besoins qu’on a exprimés et qu’on a exploités, nous les consommateurs privilégiés de l’occident dont les besoins primaires sont pleinement adressés et qui avons faim de plus encore que ce dont nous disposons déjà…

De toute manière, la recherche de coupable me parait une perte de temps. Il nous faut maintenant comprendre et, surtout, agir.

Pour ce qui est de comprendre, je te fais confiance. Fais tes recherches, comme on dit, mais utilise des sources fiables. Tu ne sais pas ce qu’est une source fiable? Va voir ICI, ça presse! Pour ce qui est d’agir, c’est assez simple, dans le fond, pour ce qui est des initiatives que chaque individu peut prendre. L’important, c’est de se dire que chaque geste qu’on pose est un plus et que chaque geste qu’on ne pose pas contribue à notre perte collective. Voilà donc, en 5 exemples, ce que tu pourrais faire dès maintenant:

  1. Faire réparer tes choses plutôt que de les changer
    Ordis, électroménagers, voitures, outils de jardin, chaussures, vêtements, cellulaires… tout ça se répare. Suffit de trouver l’endroit où on offre ce type de service ou bien, à défaut, de développer nos skills! Plus encore, lorsqu’il est impossible d’éviter un achat, on peut regarder du côté du remis à neuf, ou du moins vérifier le niveau de réparabilité du nouvel objet qu’on souhaite acquérir, avant de faire rentrer la chose dans notre vie.
  2. Privilégier l’achat local intelligent
    Pour certaines choses, par exemple pour les matières premières, c’est assez simple: il suffit de regarder d’où elles viennent et d’acheter les produits fabriqués le plus près possible de chez soi, géographiquement. Pour les produits transformés, c’est un peu plus difficile. Il faut donc s’informer sur l’ensemble du processus de fabrication avant d’acheter. Exemple: les vêtements Ouate de Phoque sont conçus et fabriqués au Québec; cependant, les tissus proviennent du Honduras. Pourquoi? Parce que ce serait actuellement impossible de trouver un tissu de qualité fabriqué plus près en quantité suffisante… conséquence de la mondialisation! Tout de même, le produit offert par Ouate de Phoque est définitivement plus attractif sur le plan de l’écoresponsabilité et de l’éthique que ceux de plusieurs autres marques qui conçoivent leurs produits ici mais qui les font fabriquer en Chine ou qui y importent leurs tissus. Bref, faut se renseigner avant d’acheter, et ne pas hésiter à écrire aux compagnies concernées pour disposer des informations nécessaires à un achat éclairé.
  3. Produire tes propres choses
    Au lieu de produire du gazon, tu peux planter des tomates! Des biscuits, des gâteaux, des marinades, des sauces, tout ça se fait très facilement, surtout quand les matières premières sont en abondance. Tu peux aussi te lancer dans des plus grosses productions: meubles de jardins en bois récupéré, bibliothèques fait main à partir d’un vieux meuble… pourquoi pas? Tout geste d’autoproduction est une consommation en moins. En outre, c’est amusant de faire ses choses: ça meuble nos temps libres, c’est gratifiant et, au pire, on aura essayé. Zéro risque, plein de plaisir et, peut-être, des résultats positifs. Perso, mes tomates sont délicieuses et j’ai deux ou trois étagères faites avec la collaboration de fiston #2 qui ne sont pas mal du tout.
  4. Partager ses choses
    Comme ton voisin s’est acheté une super souffleuse électrique assemblée au Québec, l’hiver prochain, tu pourras lui emprunter, en échange de l’accès à ton rotoculteur (également électrique) que tu t’es procuré pendant l’hiver pour agrandir ton jardin, le printemps venu… Au pire, au lieu d’acheter plein de bébelles que tu n’utilises que deux ou trois fois par année, loue des équipements de qualité ou paye pour le service qui sera fait par une personne compétente à l’aide d’un outil mieux adapté, pendant que tu feras tes muffins avec ta rhubarbe et tes framboises, deux trucs qui poussent sans entretien le long de ta clôture, au lieu des cannas à 25$ pièce qui ne font qu’attirer les bibittes.
  5. Modère tes transports
    These feet are made for walking, disait (à peu près) la chanson… Marcher, c’est le meilleur exercice; en plus, ça te permet de saluer tes voisins, de regarder dans leur cuisine pour ramasser des idées de déco ou pour potiner à ton retour, et ça aide à la digestion. Pour les distances plus grandes, il y a le vélo, électrique ou non, à privilégier avant la voiture. Aussi, considère le transport collectif ou le covoiturage pour tes transports récurrents. Enfin, si jamais la règle #1 ne peut s’appliquer à ta vieille bagnole, songe aux véhicules partagés (règle #4), à la micro-voiture, au scooter ou à n’importe quoi d’autre que ton VUS à essence capable de trainer une roulotte de 2500 kg que tu n’as pas et que tu utilises pour transporter ton portable à ton travail…

Bon. Personne n’est parfait et je ne nous demande pas de l’être. Toutefois, on peut tous en faire un bout, non? Chose certaine, si personne ne change, rien ne changera. Et ça, c’est clairement inadmissible.

Part two, à venir : les changements nécessaires à l’ordre mondial

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