Pour convaincre Christoph de se rapprocher de nous, il fallait d’abord trouver un endroit qui allait lui convenir et, rapidement, notre choix s’est porté sur une résidence pour retraités. C’était, pour tous, un choix qui paraissait sensé: l’appartement qu’on nous proposait, un grand 4 1/2 tout neuf, comprenait tous les services de base: le chauffage, l’Internet, le téléphone, le service de sécurité, de même qu’un stationnement intérieur. Il y avait même une personne qui pouvait assumer des tâches de maintenance de même qu’une autre qui passerait une fois par mois pour faire un petit ménage et pour s’assurer que tout allait bien. Le tout pour la modique somme d’environ 3000 $ par mois. Le complexe comportait également des aires communes dotée de différents équipements dont pouvaient profiter sans frais les résidents: piscine, gymnase, table de billard, salle cinéma maison, cour extérieure, salle de réception… Enfin, les beaux-parents pourraient profiter d’une salle à manger où l’on servait, pour un prix raisonnable, une bouffe tout à fait correcte, alors que d’autres services pourraient s’ajouter au forfait de base advenant que de nouveaux besoins apparaissent, selon l’évolution de la santé de France, notamment.
Bon, c’est un peu cher, on en convient, mais nous espérions que Christoph et France puissent s’intégrer progressivement à leur nouvel environnement, se faire des amis, profiter des aires communes et se la couler douce, aussi longtemps qu’ils pourraient en profiter. C’était sans compter sur Al Zheimer, qui s’était installé sournoisement dans la tête de Christoph, ni vu, ni connu… Le bel environnement de vie ainsi est devenu une drabe chambre d’hôtel, puis un mouroir. En prime, la santé de France se détériorait de telle manière qu’il devenait impossible pour Christoph, lui-même de plus en plus atteint, de s’en occuper adéquatement. Ainsi, la dernière année dans cette résidence s’est avérée un enfer pour toute la famille, à la recherche d’un soutien qui tardait à venir. C’est notamment à ce moment là qu’on a commencé à travailler avec les services sociaux…
Je résume rapidement en disant que la solution qui nous est apparue la meilleure était la transformation de notre maison en foyer bigénérationnel, de façon à ce que nous puissions les héberger et, surtout, offrir un encadrement bienveillant. On en reparlera.
C’est davantage sur ces résidences pour retraités, qui poussent comme champignons sur du bois humide, que j’aimerais commenter. Je sais qu’elle répondent à un besoin, entre autres choses pour les gens qui souhaitent se départir de leur maison pour aller vivre leur vinaigrette dans un environnement sécuritaire, sans les soucis ni la charge du domicile maintenant trop grand. Ce qui me gosse, toutefois, c’est que ce sont d’abord et avant tout de pures machines à faire de l’argent, qui ne tiennent pas compte des besoins changeants des personnes vieillissantes autrement qu’en tant qu’occasion d’affaires. Je m’explique: quand tu es autonome, tu choisis ton appartement et les services que tu veux avoir, selon ta capacité à payer, et tu te fais un chez soi à ton goût; ça, c’est partait. Cependant, s’il t’arrive un pépin, tu devras piger dans ta poche pour ajouter des services à la carte sur ton forfait de base; selon l’endroit et la nature de ton pépin, tu seras peut-être même forcé de déménager dans une autre aile, mieux adaptée pour les poqués comme toi. Pire encore, il est possible qu’on te dise: écoute, mon ami, tu es devenu trop lourd pour nous, on doit te demander de te trouver une ressource…En fait, dans les endroits comme ceux-là, on voit le vieillissement comme une vente à faire ou, pire encore, comme un problème, et non comme la simple réalité. D’ailleurs, la personne qui fait le ménage une fois par mois, c’est inclus dans le loyer, a, entre autres fonctions, la responsabilité de surveiller si tout va bien, pour le rapporter à l’administration qui protège…. l’intégrité physique et la salubrité de la résidence, de même qu’elle guette l’opportunité d’offrir un service en supplément. Des machines à sous, je te dis…
Dans le contexte où le vieillissement est, évidement, inévitable et rarement sans conséquences, de même qu’en pensant à tous ces efforts déployés par nos gouvernements pour trouver des places à dimension humaine pour nos petits vieux en perte d’autonomie ou démontrant des besoins particuliers, ne serait-il pas opportun que ces grands bâtisseurs de cages à pigeons vieillissants mais encore en forme soient contraints à collaborer avec les services de santé publics pour assurer un maintien en résidence efficace, à moindre cout et, surtout, respectueux du fait que ces personnes qu’ils hébergent à grands frais ont besoin d’être protégées. Je vous assure que les Chartwell et que les Résidences Soleil de ce monde ont les reins amplement solides pour contribuer à cet effort de soutien qu’on devrait impérativement leur demander de faire.
Je dis ça de même. On pourrait aussi ne rien faire et laisser les grands investisseurs construire leur fortune sur le dos des ainés qu’ils siphonnent tant et aussi longtemps qu’il n’est pas requis de les torcher.
Prochain chapitre: la maison intergénérationnelle.
Tu as tellement raison
Je travaille dans la résidence ou ma mère demeure (cogir) et c’est exactement ce qui se passe
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