Christoph, chapitre 3 (commenté)

Ma douce compte parmi mes lectrices et critiques les plus assidues, un peu parce que je cours après elle comme un chien fou dès que je publie quelque chose, jusqu’à ce qu’elle commente, et un peu parce qu’elle ne déteste pas ce que j’écris (du moins, j’espère bien). Aussi, lorsqu’elle émet un commentaire ou une réserve, je le prends comme si c’était St-Bernard-Pivot lui-même qui s’était prononcé. Bref, je suis un peu intense et j’ose croire que la douce en question me le pardonne déjà.

Toujours est-il qu’elle m’adresse aujourd’hui ce commentaire: pourquoi tiens-tu à utiliser des personnes qui ont déjà existé pour raconter tes trucs, puisque, de toute manière, ce n’est pas leur vraie histoire?

Maudite bonne question…

C’est vrai que je me sers de bouts de la vie de Christoph, bouts que j’ai appris par ce qu’il m’en a racontés ou, à défaut, par recherche documentaire. C’est également vrai que j’ai puisé dans différents trucs familiaux pour des informations sur ses parents, Josef et Anneliese, que je n’ai pas connus. C’est enfin vrai que rien ne m’oblige à utiliser leurs vrais noms: le lecteur s’en fout, au bout du compte. Plus encore, certains lecteurs, je pense ici à ma douce elle-même ou encore ses cousins et cousines, petits-enfants de Josef et de Anneliese, pourraient se sentir interpellés différemment par le récit précisément parce que, d’une certaine manière, j’usurpe l’identité de personnes connues et aimées.

J’avoue que, jusqu’à maintenant, j’avais fait ce choix par instinct et que, par ailleurs, l’idée même de ce récit m’était venue alors que nous accompagnions Christoph vers ses derniers jours et que des vestiges de son passé revenaient le hanter. Cependant, en y réfléchissant davantage, je crois bien que j’utilise les vrais noms parce que ce choix induit un risque, celui de « sonner faux ». Si je fais parler Christoph, ou encore ses parents, il importe, plus encore que si ces personnages n’avaient jamais existé, que le récit soit crédible en fonction de ce qu’ils ont véritablement vécu et en fonction de ce qu’ils sont devenus par après. Et c’est principalement ça qui m’interpelle, dans l’exercice d’écriture, encore plus dans ce contexte historique où rien n’est tout blanc ou tout noir, et où il serait si facile de basculer dans la caricature ou, pour faire savant, dans la dialectique.

Aussi, il y a dans l’agir humain des choses horribles auxquelles ont participé des personnes par ailleurs aimables. Là n’est pas le propre de l’Allemagne nazie, loin s’en faut: on l’a vue au Canada avec les orphelinats pour autochtones, et à bien d’autres endroits, dans toutes les époques de l’humanité. Aussi, utiliser quelques vrais personnages dans une histoire inventée me parait une ancre me forçant à prendre en compte le bon dans le laid.

Toujours est-il que nous en sommes au troisième chapitre de ce récit, quelque part au sud-ouest de l’Allemagne, alors que la guerre s’achève.

Pour lire cette section, intitulée 1er janvier 1945, entre Kirn et Dachau, il faut cliquer sur le titre ou encore se rendre à la section Mes romans, pour consulter ce qui y est publié!

Laisser un commentaire