Idées pour des profs en négo

Salut cher ami lecteur

Tu savais, avant, quand ma vie avait un sens devant les hommes, j’ai été prof dans une grosse école primaire. J’y ai appris, entre autres choses, quelques enjeux qui concernent les conditions de travail du personnel enseignant. Un peu plus tard, en suivant le fil de mes péripéties professionnelles, j’ai eu l’occasion de présider une asso de cadres. J’ai pu, entre autres expériences, voir un peu comment ça marche, là-bas à Québec, quand vient le temps de conventionner des relations de travail. Aussi, maintenant que ma vie n’a de sens que pour moi et pour ceux et celles que j’aime ou que j’estime, j’ai envie de te dire une ou deux choses sur le processus menant à une entente – ou un décret. Avis aux oreilles sensibles, il y aura une ou deux énormités dans ce qui suivra, du moins à tes yeux peut-être trop politiquement corrects, mais, que veux-tu, il faut bien dire les choses comme elle viennent, parfois!

Le processus de négo

Sur une table de négo, c’est du grand guignol. Le patron joue aux gros bras, arrive avec un cartable plein de propositions qu’il devra malheureusement soumettre à la partie syndicale, because les pensions et le vieillissement de la population, la pénurie de personnel, la vie difficile des gestionnaires qui exigent plus de flexibilité, le besoin de juguler l’inflation et, surtout, la performance du système qu’il faut améliorer. De son côté, le syndicat hurle à l’injustice, pourfend le système qui n’en a que pour les patrons, soumet des propositions extravagantes visant l’enrichissement collectif du prolétariat et, plus globalement, une bonification significative de plusieurs clauses pré-existantes, menace de grève générale illimitée, accuse le gouvernement de mauvaise foi (là-dessus, il a raison). Un moment donné, quelqu’un pète sa coche et appelle au gros bon sens des uns et des autres (ça a été le cas de Sonia Lebel il y a quelques jours), et tout ce beau monde va naviguer progressivement vers une proposition tiède comprenant des miettes, sans véritable transformation positive des conditions de travail ou de gestion (ou si peu) ou encore vers un décret, s’il n’y a pas d’autre issue. Et on se dit que la prochaine fois, on fera mieux.

Tout cela est stupide et improductif, mais on le fait pareil, parce qu’on a mené notre préparation (consultation avec les membres, concertation entre les ministères et avis des représentants des parents ou du patronat) sans parler du fond. On parle des conventions, du texte, sans véritablement se préoccuper des véritables conditions d’exercice de part et d’autre. Aussi, on aborde les tables de négo un bout de couverte entre les mains, convaincus qu’on va tirer plus fort que notre vis-à-vis. Comme disait Loco Locass aux Canadiens, On va gagner (et pourtant ils perdent, plus souvent qu’autrement)!

Les enjeux salariaux

Il faut que je te dise, considérant les enjeux en lien avec notre consommation débridée, notre planète qui se meurt étouffée par les cochonneries qu’on pile, notre pseudo liberté qui exige les moyens nécessaires à une expression sans entrave, ou encore simplement au regard du déséquilibre mondial quant à l’allocation des ressources, les profs font assez d’argent pour bien vivre. Du moins les vieux profs! C’est pour les jeunes que ça a moins de sens: au sortir de l’université, un prof à temps plein fait 54 k$ par année (échelon 3). Le même prof, qui a 14 ans d’expérience, avec la même tâche, fera 92 k$ par année! C’est ridicule, d’autant plus que ce sont les premières années qui sont les plus difficiles tant pour l’appropriation du métier que pour le reste (maison, bébés, etc…). Il faut questionner cet écart trop important entre le salaire à l’entrée et le salaire au sommet des échelons (et pas seulement pour les profs).

Ma proposition:

  • Quatre échelons espacés de 5%
  • Pour tous, augmentations salariales équivalentes à l’augmentation du coût de la vie incluant pour les années sans convention collective, qu’on arrête de gosser avec les enjeux salariaux une bonne fois pour toutes (évidemment, il faudra parler un jour des écarts salariaux entre les petits et les grands de ce monde, mais là, c’est un tout autre sujet qu’il faudrait aborder dans une perspective mondiale plutôt qu’en regardant notre petit nombril… mais je m’égare et je m’en excuse).

Les enjeux normatifs

Quand on parle d’enjeux normatifs, on parle de congés, de vacances, de ce genre de trucs. Pour cette section, je ne vais pas te parler de ce qui est écrit dans la convention, mais de ce qui se fait sur le terrain et qui fait chier bien des profs, incluant ma douce, la partie patronale (pour reprendre le linguam habituel en ce contexte) prétextant trop souvent la pénurie de personnel pour imposer ces conditions ridicules. À cause de cette pénurie (bien réelle j’en conviens), les demandes de congés prévus à la convention collective sont systématiquement refusées dans plusieurs centres de services scolaires, qu’il s’agisse de congés à traitement différé, de congés sans solde, d’horaires diminués, d’années sabbatiques… avec, pour résultat, que les enseignant.e.s perçoivent, à juste titre, une dégradation significative de leurs conditions de travail.

On peut, bien sûr, sympathiser avec l’employeur et comprendre la logique comptable qui sous-tend ces restrictions administratives des conditions de travail des profs. Cependant, on ne peut ignorer les conséquences dramatiques de ces restrictions sur les conditions d’exercice du personnel enseignant, ni l’impact de ces restrictions sur la rétention avant retraite, sur la motivation, sur la persévérance en emploi ou sur l’image de la profession pour ceux et celles qui l’exercent. Aussi, si on sait vraiment compter, on réalise assez vite que ces restrictions administratives sont contreproductives.

Ma proposition

  • Qu’on fasse un grand ménage du normatif dans les conventions du personnel pour ne retenir que ce qu’on accordera sans gossage ni possibilité de restriction, en fonction de conditions de demandes prédéfinies

Prenons l’exemple des congés à traitement différé. Actuellement, on peut théoriquement demander un congé sous différentes formules tant dans la durée du congé que de la période de récupération; dans les faits, toutes les demandes de congé à traitement différés sont refusées. Selon ma proposition, on pourrait convenir qu’une demande de congé pourrait être produite à tous les cinq ans, pour un congé d’un an ou de six mois récupéré à 80% ou à 90%. Évidemment, toutes les demandes ainsi balisées seraient acceptées sans condition.

Je te donne un autre exemple, et je te fais confiance pour le reste. Actuellement, un enseignant peut demander un congé sans solde qu’il doit justifier de diverses manières. Généralement, c’est pour une situation personnelle, un évènement inattendu ou encore pour explorer un emploi ailleurs. Dans les faits, ce droit n’existe plus pour la vaste majorité des profs, puisque les demandes sont, encore une fois, toutes refusées. Aussi, on pourrait convenir que tous les enseignants auraient droit à un congé sans solde d’une durée maximale d’une semaines une fois par an ou de deux semaines à chaque deux ans, point barre. Les demandes seraient acceptées d’emblée pour autant qu’un délai convenu, par exemple deux mois, soit alloué entre la demande et la prise de congé.

Dans le fond, tout ce que je dis, c’est que les profs méritent des conditions de travail flexibles et gérées avec bienveillance. De toute façon, un prof qui veut absolument un congé peut le faire sans autorisation. Parce qu’il aura contrevenu à une directive administrative, il se verra suspendu sans solde à son retour pour un temps donné, ce qui est un peu saugrenu compte tenu de la pénurie de personnel! En outre, le dossier disciplinaire d’un prof s’efface après une période (d’un an, je crois bien) sans errance, ce qui le laisse libre de recommencer une ou deux années après, selon ses besoins personnels. Aussi, il pourrait très bien démissionner, faire ses trucs et revenir travailler après. S’il est qualifié, il ne devrait pas avoir de problème! Il y a une pénurie de profs…

T’en penses quoi?

Une réflexion sur “Idées pour des profs en négo

  1. Avatar de Caroline Cook Caroline Cook

    Coucou Daniel,

    Ce qui est malheureux dans tout ça (à mon avis), c’est que les employés espèrent avoir de belles conditions après les négociations et ou la grève mais dans dans mon fort intérieur (et j’aimerais rester positive), c’est qu’on finira dernier.

    Le gouvernement s’est tiré dans le pied en graissant ses employés….. c’est peut-être ça qui nous aidera, en tout cas, il se ridiculise, c’est certains.

    À chacun ces espoirs, moi de mon côté qui est secrétaire d’école, mon souhait c’est d’avoir une bonne augmentation de salaire. Moi, (et parce que mes kids sont rendus grands), le nombre de congés maladies me convient, mais si je regarde une collègue qui a deux jeunes enfants qui vont à la garderie et qu’elle court les cliniques parce que les anticorps ne sont pas présents encore, elle, elle en veut plus de congés maladies (et avec raison).

    Je remarque aussi une atmosphère négative autour de moi qui ne me conviens pas tant auprès des enseignants. J’ai l’impression qu’ils n’ont plus la flamme de leur métier. Remarque que moi je suis dans un centre professionnel, les problèmes ne sont pas les mêmes (beaucoup moins pires sûrement).

    Pour moi, c’est important de voir aussi à la base ce qu’on a, quand même de belles avantages si on se compare au privé (pour le soutien). Il y a toujours place à l’amélioration, j’en conviens. Je ne suis pas du tout syndicaliste mais si je veux des améliorations je dois rentrer dans le rang avec les autres…

    Être enseignants aujourd’hui, c’est une vocation, comme les infirmiers.

    J’ai bien aimé ton texte!

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