Comment fabriquer des terroristes

Salut, ami lecteur. Long time no see, tu l’auras certainement constaté. J’espère que tu m’aimes encore, du moins c’est mon cas malgré tout ce temps sans donner de nouvelles, mais aujourd’hui je coupe court aux flagorneries, car l’heure est grave Ne trouves-tu pas?

Quoi encore? Tu me répondras, habitué.e que tu es à mes coups de plume dans l’eau d’une indifférence généralisée envers ce qui, moi, me trouble… Ben, aujourd’hui, c’est Cuba.

Pour faire une longue histoire courte, Cuba aura été colonisée par un paquet de monde depuis Colomb, de telle sorte qu’au paroxysme de son exploitation, cette fois-là par nos voisins ventripotents avides de plaisirs charnels, de brunissement de peau et de blanchiment d’argent, il y aura révolution, contre toute attente réussie, par Fidel, le Che et une poignée d’intellectuels et de guérilleros. Depuis, quelques richissimes familles cubaines expulsées manu militari du pays qu’ils aimaient mal et privées de leurs avoirs acquis sur le dos du peuple avec la collaboration concupiscente du colonisateur américain, fomentent une contre-révolution. Comme ils ont beaucoup d’argent, ils ont réussi à convaincre l’amerloque moyen, démocrate comme républicain, que leur cause était juste et que le méchant communiste cubain devait être pourfendu, à grands coups d’actions clandestines de la CIA et de sanctions économiques franchement ignobles, quand on connait leurs conséquences sur le cubain moyen.

Bon, je te le concède, Cuba n’est pas que pureté: Fidel et sa descendance ont fait preuve de couillonnerie à maintes reprises envers les américains et, pire encore, envers leur propre population, l’idéal socialiste à la Castro ne comportant que très peu d’espace pour la co-construction. Tout de même, un peu comme pour la Chine, on retrouve du bon dans cette dictature révolutionnaire, du moins jusqu’à tout récemment: un système d’éducation exemplaire et gratuit jusqu’à la fin du parcours, des soins de santé de qualité et accessibles, déployés sur l’ensemble du territoire, une expertise médicale d’exception…

Et alors? J’y arrive, mais sois patient, il faut tout de même que je me mette en contexte! Tu sais bien, par ailleurs, qu’il y a toujours toujours trop de mots dans mes billets, tu n’as pas oublié, j’imagine… Alors, je te prie de me suivre encore quelque peu et de faire preuve d’indulgence envers mon sens de la synthèse déficient.

Comme tu le sais certainement, notre Agent Orange favori, accompagné cette fois-ci de l’ami Rubio, pathétique figure de proue des riches exploitants cubains naguère si injustement expulsés de leur mère patrie, ont entrepris de saigner Cuba à blanc, île pourtant déjà exsangue en raison de cruelles sanctions appliquées depuis Eisenhower et resserrées par pas moins de quatre administrations américaines (une exception notoire: Barack Hussein Obama, comme dirait l’autre). L’objectif? Faire en sorte que le peuple cubain se révolte contre son propre gouvernement, après tout le seul responsable de son malheur. Le chaos permettra alors aux forces américaines de s’infiltrer sans résistance et d’organiser un leadeurship politique favorable à une saine collaboration avec le richissime voisin. En résultera Paix, Bonheur et Richesse sous le parapluie MAGA.

Erreur, erreur, erreur…

Par leurs actions belliqueuses visant à renverser des régimes opposés à leur vision du monde, les américains ont créé de par le monde les conditions nécessaires pour que naisse la haine à leur endroit. Ça a été vrai au Moyen-Orient, idem en Afghanistan. Ça a aussi été le cas pour tous les oppresseurs à travers l’histoire: chinois, japonais, romains, français, britanniques, israéliens … L’oppression mène à la haine, c’est tout naturel. Plus encore, lorsque l’oppression vise l’extinction d’une race, d’une ethnie, d’une religion, d’un système politique ou d’une identité, elle met en branle les mécanismes de défense les plus profondément inscrits dans notre génome, ceux de la survie. Elle mène ainsi à la radicalisation, à la guerre souterraine, à la guérilla, au terrorisme et à tous ces comportements irrationnels et violents dont nous, assis pépère sur nos divans moelleux, nous indignons: en un mot, les actes de terrorisme.

Alors continue, cher Donald, à étouffer le peuple cubain. Bientôt, tu l’auras peut-être, ta victoire politique mais assurément, peut-être un peu plus tard, tu auras créé un foyer terroriste à 80 km des côtes de ta chère Floride, un foyer qui ne voudra que t’exploser la tronche et, par extension, celle de tout ton peuple. Et encore une fois, tu n’auras rien réglé, bien au contraire.

Alors voilà, bonne chance, cher amigo !

P.S.

Où sont les gouvernements allemands, canadiens, espagnols, ou encore chinois et russes, même, dont les citoyens se cueillaient, hier encore, des carcinomes épidermoïdes sur les plages par ailleurs magnifiques des cayos cubaines? Se foutent-ils des cubains à ce point?

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